{"id":237,"date":"2023-10-03T23:00:47","date_gmt":"2023-10-03T21:00:47","guid":{"rendered":"https:\/\/intimitescriminelles.noblogs.org\/?p=237"},"modified":"2024-01-05T00:23:36","modified_gmt":"2024-01-04T23:23:36","slug":"la-joie-armee-alfredo-bonanno","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/intimitescriminelles.noblogs.org\/?p=237","title":{"rendered":"La Joie arm\u00e9e &#8211; Alfredo Bonanno"},"content":{"rendered":"<p><strong>Zine : <\/strong><a href=\"https:\/\/infokiosques.net\/IMG\/pdf\/la_joie_armee_1977-28pa5-fil.pdf\">read<\/a> <a href=\"https:\/\/infokiosques.net\/IMG\/pdf\/joiearmee.pdf\">print <\/a>via <a href=\"https:\/\/infokiosques.net\/spip.php?article579\">infokiosques<\/a><\/p>\n<div id=\"thework\" dir=\"ltr\">\n<p class=\"text-justify\"><em>Ce livre a \u00e9t\u00e9 \u00e9crit en 1977 au moment o\u00f9 des luttes r\u00e9volutionnaires se d\u00e9roulaient en Italie, il faut avoir \u00e0 l\u2019esprit la situation de l\u2019\u00e9poque pour le lire aujourd\u2019hui.<\/em><\/p>\n<p class=\"text-justify\"><em>Le mouvement r\u00e9volutionnaire, y compris les anarchistes, \u00e9taient dans une phase d\u2019extension et tout semblait possible m\u00eame une g\u00e9n\u00e9ralisation de l\u2019affrontement arm\u00e9.<\/em><\/p>\n<p class=\"text-justify\"><em>Mais il \u00e9tait n\u00e9cessaire de se pr\u00e9munir de la sp\u00e9cialisation et de la militarisation qu\u2019une minorit\u00e9 de militants voulaient imposer aux dizaines de milliers de camarades qui combattaient avec tous les moyens possibles la r\u00e9pression et la tentative de r\u00e9organisation &#8211; plut\u00f4t inefficace il est vrai &#8211; du capital par l\u2019\u00e9tat. C\u2019est ce qui se passait en Italie mais quelque chose de similaire avait lieu en Allemagne, en France, en Grande-Bretagne et ailleurs.<\/em><\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p class=\"text-justify\"><em>Il semblait essentiel d\u2019emp\u00eacher que les nombreuses actions men\u00e9es chaque jour par les camarades contre les hommes et les structures du pouvoir soient int\u00e9gr\u00e9es \u00e0 la logique planificatrice d\u2019un parti arm\u00e9 comme les Brigades Rouges en Italie.<\/em><\/p>\n<p class=\"text-justify\"><em>C\u2019est l\u2019esprit de ce livre. Montrer comment une pratique de lib\u00e9ration et de destruction peut surgir d\u2019une logique joyeuse de lutte, et non pas d\u2019une rigidit\u00e9 morbide et sch\u00e9matique dans les r\u00e8gles pr\u00e9-\u00e9tablies des groupes dirigeants. Certains de ces probl\u00e8mes n\u2019existent plus aujourd\u2019hui. Ils ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9solus par les dures le\u00e7ons de l\u2019histoire. L\u2019effondrement du socialisme r\u00e9el a soudain ramen\u00e9 \u00e0 leurs dimensions les ambitions directrices des marxistes de toutes tendances &#8211; fort heureusement. D\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, cela n\u2019a pas supprim\u00e9 mais plut\u00f4t enflamm\u00e9 le d\u00e9sir de libert\u00e9 et de communisme anarchiste qui se r\u00e9pand partout et sp\u00e9cialement chez les jeunes, et souvent sans avoir recours aux symboles traditionnels de l\u2019anarchisme, ses slogans et ses th\u00e9ories, tax\u00e9s, dans un refus compr\u00e9hensible (mais qu\u2019on ne peut partager) de s\u2019\u00eatre impr\u00e9gn\u00e9 d\u2019id\u00e9ologie.<\/em><\/p>\n<p class=\"text-justify\"><em>Ce livre est encore d\u2019actualit\u00e9 mais d\u2019une autre fa\u00e7on. Non pas comme la critique d\u2019une structure monopolisante qui n\u2019existe plus, mais parce qu\u2019il peut montrer les capacit\u00e9s potentielles des individus suivant leur chemin avec joie vers la destruction de tout ce qui les oppresse et les r\u00e9gule.<\/em><\/p>\n<p class=\"text-justify\"><em>Avant de finir, je dois mentionner qu\u2019on a ordonn\u00e9 la destruction de ce livre en Italie. La Cour Supr\u00eame avait ordonn\u00e9 qu\u2019il soit br\u00fbl\u00e9. Toutes les librairies qui avaient un exemplaire re\u00e7urent une circulaire du minist\u00e8re de l\u2019Int\u00e9rieur exigeant son incin\u00e9ration. Plus d\u2019un libraire refusa de br\u00fbler ce livre, consid\u00e9rant qu\u2019une telle pratique renvoyait aux nazis ou \u00e0 l\u2019Inquisition. Mais, l\u00e9galement, ce livre \u00e9tait interdit \u00e0 la consultation.<\/em><\/p>\n<p class=\"text-justify\"><em>Pour la m\u00eame raison, il ne put \u00eatre diffus\u00e9 l\u00e9galement en Italie et plusieurs camarades virent leurs exemplaires confisqu\u00e9s au cours de descentes men\u00e9es dans ce but.<\/em><\/p>\n<p class=\"text-justify\"><em>J\u2019ai \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 \u00e0 18 mois de prison pour l\u2019\u00e9criture de ce livre.<\/em><\/p>\n<div class=\"right\">\n<p class=\"text-right\"><em>Alfredo M. Bonanno<\/em><\/p>\n<p class=\"text-right\"><em>Catania, le 14 juillet 1993<\/em><\/p>\n<\/div>\n<h3 id=\"toc1\">I<\/h3>\n<div class=\"right\">\n<p class=\"text-right\">(A Paris, en 1848, la r\u00e9volution)<\/p>\n<p class=\"text-right\"><em>C\u2019\u00e9tait une f\u00eate sans commencement et sans fin.<\/em><\/p>\n<p class=\"text-right\">Bakounine<\/p>\n<\/div>\n<p class=\"text-justify\">Mais pourquoi donc ces satan\u00e9s gar\u00e7ons ont-ils tir\u00e9 dans les jambes de Montanelli<a id=\"fn_back1\" class=\"footnote\" href=\"https:\/\/fr.theanarchistlibrary.org\/library\/alfredo-m-bonanno-la-joie-armee#fn1\">[1]<\/a>\u00a0? N\u2019aurait-il pas \u00e9t\u00e9 mieux de lui tirer dans la t\u00eate\u00a0? Bien s\u00fbr que cela aurait \u00e9t\u00e9 mieux. Mais cela aurait aussi \u00e9t\u00e9 plus grave. Plus vindicatif et plus sombre. Estropier une b\u00eate comme celle-l\u00e0 peut aussi avoir un c\u00f4t\u00e9 plus profond et significatif, au-del\u00e0 de la vengeance, de la punition pour sa responsabilit\u00e9 en tant que fasciste et valet des patrons. L\u2019estropier signifie l\u2019obliger \u00e0 boiter, l\u2019obliger \u00e0 se souvenir. Par contre, \u00e7a aurait \u00e9t\u00e9 un divertissement plus agr\u00e9able de lui tirer dans la bouche, avec la cervelle qui lui sort par les yeux. Le compagnon qui, tous les matins, se l\u00e8ve pour aller travailler, marche dans le brouillard, p\u00e9n\u00e8tre dans l\u2019atmosph\u00e8re irrespirable de l\u2019usine ou du bureau, pour y retrouver toujours les m\u00eames visages\u00a0: ceux du chef d\u2019atelier, du chronom\u00e9treur, du mouchard de l\u2019\u00e9quipe, du stakhanoviste-avec-sept-enfants-\u00e0-charge\u00a0; ce compagnon sent la n\u00e9cessit\u00e9 de la r\u00e9volution, de la lutte et de l\u2019affrontement physique, m\u00eame mortel. Mais il sent aussi que tout ceci doit lui apporter un peu de joie, tout de suite, maintenant. Cette joie, il la cultive dans ses r\u00eaveries tout en marchant t\u00eate basse dans le brouillard, tandis qu\u2019il passe d\u2019innombrables heures dans les trains ou les trams, tandis qu\u2019il \u00e9touffe sous le poids des activit\u00e9s inutiles du bureau ou devant les inutiles boulons qui servent \u00e0 tenir ensemble les inutiles m\u00e9canismes du capital. La joie r\u00e9tribu\u00e9e, celle que le patron lui paie toutes les semaines (week-end) ou toutes les ann\u00e9es (cong\u00e9s), c\u2019est comme faire l\u2019amour en payant. Oui, l\u2019aspect ext\u00e9rieur est le m\u00eame, mais il y a quelque chose qui manque. Des centaines de discours s\u2019entassent dans les livres, les opuscules, les journaux r\u00e9volutionnaires. Il faut faire ceci, il faut faire cela, voir les choses ainsi, les voir comme le dit tel type ou tel gars, parce que ce type et ce gars sont les vrais interpr\u00e8tes des types et des gars du pass\u00e9, ceux qui ont des lettres majuscules, ceux qui remplissent les volumes asphyxiants des classiques. Ceux-l\u00e0 aussi, il faut les avoir \u00e0 port\u00e9e de mains. Cela fait partie de la liturgie. De ne pas les avoir est mauvais signe et \u00e9veille le soup\u00e7on. C\u2019est s\u00fbr que de les avoir sous la main peut \u00eatre utile, comme ils sont pesants (c\u2019est-\u00e0-dire lourds), ils peuvent \u00eatre jet\u00e9s \u00e0 la t\u00eate de quelques casse-couilles\u00a0: utilisation bien connue mais toujours agr\u00e9able de la validit\u00e9 r\u00e9volutionnaire des th\u00e8ses du pass\u00e9 (et du pr\u00e9sent). Jamais aucun discours sur la joie dans ces volumes. L\u2019aust\u00e9rit\u00e9 du clo\u00eetre n\u2019a rien \u00e0 envier \u00e0 l\u2019atmosph\u00e8re que l\u2019on respire dans ces pages. Les auteurs, moines de la r\u00e9volution-de-la-vengeance-et-du-ch\u00e2timent, passent leur temps \u00e0 comptabiliser les coups et les peines. Ces pr\u00eatres en jeans ont \u00e9galement fait v\u0153u de chastet\u00e9, \u00e0 ce qu\u2019ils pr\u00e9tendent et entendent imposer. Ils veulent \u00eatre r\u00e9tribu\u00e9s pour leurs sacrifices. D\u2019abord, ils ont abandonn\u00e9 l\u2019ambiance feutr\u00e9e de leur classe d\u2019origine, puis, ils ont mis leurs capacit\u00e9s au service des d\u00e9munis, puis, ils se sont habitu\u00e9s \u00e0 parler un langage impropre et \u00e0 supporter des nappes sales et des lits d\u00e9faits. Du moins, \u00e0 les entendre. Ils r\u00eavent de r\u00e9volution ordonn\u00e9e, de principes en bon ordre, d\u2019anarchie sans turbulence. Quand la r\u00e9alit\u00e9 prend un pli diff\u00e9rent, ils crient imm\u00e9diatement \u00e0 la provocation et hurlent jusqu\u2019\u00e0 \u00eatre entendus par la police. Les r\u00e9volutionnaires sont des gens pieux. Pas la r\u00e9volution.<\/p>\n<h3 id=\"toc2\">II<\/h3>\n<div class=\"right\">\n<p class=\"text-right\"><em>Moi, j\u2019appelle un chat un chat.<\/em><\/p>\n<p class=\"text-right\">Boileau<\/p>\n<\/div>\n<p class=\"text-justify\">Nous sommes tous pris dans la probl\u00e9matique r\u00e9volutionnaire du comment et quoi produire, mais personne ne parle jamais du \u201cproduire\u201d en tant que probl\u00e9matique r\u00e9volutionnaire. Si la production est la base de l\u2019exploitation mise en place par le ca-pital, changer le mode de production signifie changer le mode d\u2019exploitation, cela ne signifie pas \u00e9liminer l\u2019exploitation. Un chat, m\u00eame teint en rouge, est toujours un chat. Le \u201cproducteur\u201d est sacr\u00e9. On n\u2019y touche pas. Plut\u00f4t les sancti-fier, lui et son sacrifice, au nom de la r\u00e9volution, et le tour est jou\u00e9. \u201cMais que mangerons-nous ?\u201d, se demandent les plus inquiets. \u201cDu pain sec et de l\u2019eau\u201d, r\u00e9pondent, de fa\u00e7on simpliste, les r\u00e9alistes, un \u0153il sur la marmite et l\u2019autre sur le fusil. \u201cDes id\u00e9es\u201d, r\u00e9pondent les id\u00e9alistes brouillons, un \u0153il sur le livre des r\u00eaves et l\u2019autre sur le genre humain. Qui touche \u00e0 la productivit\u00e9 meurt. Le capitalisme et ceux qui le combattent s\u2019assoient ensemble sur le cadavre du \u201cproducteur\u201d, pour que le monde de la production continue. La critique de l\u2019\u00e9conomie politique est une rationalisation du mode de production \u00e0 moindre co\u00fbt (pour ceux qui jouissent des b\u00e9n\u00e9fices). Les autres, ceux qui subissent l\u2019exploitation, doivent veiller \u00e0 ce que rien ne manque. En cas contraire, comment vivrait-on\u00a0? Quand il sort au grand jour, le fils des t\u00e9n\u00e8bres ne voit rien, tout comme quand il t\u00e2tonnait dans l\u2019obscurit\u00e9. La joie l\u2019aveugle. Elle le tue. Alors, il l\u2019appelle hallucination et il la condamne. Les bourgeois, bedonnants et faisand\u00e9s, jouissent dans leur opulent farniente. Ainsi, jouir est un p\u00e9ch\u00e9. Cela signifie partager les tentations de la bourgeoisie, trahir les aspirations du prol\u00e9tariat. Ce n\u2019est pas vrai. Les bourgeois se donnent le plus grand mal pour maintenir en vie le processus d\u2019exploitation. Eux aussi sont stress\u00e9s et ne trouvent aucun moment pour la joie. Leurs croisi\u00e8res sont autant d\u2019occasions pour faire de nouveaux projets d\u2019investissement. Leurs ma\u00eetresses sont autant d\u2019informatrices au service de leurs concurrents. Le dieu de la productivit\u00e9 tue m\u00eame ses humbles serviteurs. D\u00e9capitons-le, il en sortira un d\u00e9luge d\u2019immondices. Le mis\u00e9reux affam\u00e9, qui regarde le riche, entour\u00e9 de ses domestiques, couve des sentiments de vengeance. La destruction de l\u2019ennemi avant tout. Mais que l\u2019on sauve le butin. La richesse ne doit pas \u00eatre d\u00e9truite, mais utilis\u00e9e. Qu\u2019importe ce qu\u2019elle constitue, de quel habit elle se pare, et quelles perspectives elle offre. Ce qui compte, c\u2019est de l\u2019arracher \u00e0 son actuel d\u00e9tenteur pour en disposer librement, tous.<\/p>\n<p class=\"text-justify\">Tous\u00a0? Certainement, tous.<\/p>\n<p class=\"text-justify\">Et comment se fera la transition\u00a0? Par la violence r\u00e9volutionnaire.<\/p>\n<p class=\"text-justify\">Belle r\u00e9ponse. Mais, concr\u00e8tement, que ferons-nous, apr\u00e8s avoir coup\u00e9 tant de t\u00eates qu\u2019on en aura la naus\u00e9e\u00a0? Que ferons-nous quand il n\u2019y aura m\u00eame plus un propri\u00e9taire \u00e0 chercher \u00e0 la lanterne\u00a0?<\/p>\n<p class=\"text-justify\">Alors, ce sera le r\u00e8gne de la r\u00e9volution. \u00e0 chacun selon ses besoins, \u00e0 chacun selon ses possibilit\u00e9s.<\/p>\n<p class=\"text-justify\">Compagnon attentif, l\u00e0, il y a une odeur de comptabilit\u00e9. On parle de consommation et de production. On reste \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de la dimension de la productivit\u00e9. Dans l\u2019arithm\u00e9tique, on se sent en s\u00e9curit\u00e9. Deux plus deux font quatre. Personne ne pourra jamais d\u00e9mentir cette \u201cv\u00e9rit\u00e9\u201d. Les nombres gouvernent le monde. S\u2019ils l\u2019ont toujours fait, pourquoi ne devraient-ils pas le faire \u00e0 jamais\u00a0? Nous avons tous besoin de choses solides, de fondations sur lesquelles construire un mur contre les tentations inqui\u00e9tantes qui nous prennent \u00e0 la gorge. Nous avons tous besoin d\u2019objectivit\u00e9. Le patron jure sur son portefeuille, le paysan sur sa b\u00eache, le r\u00e9volutionnaire sur son fusil. Ouvrez une br\u00e8che critique et tout l\u2019\u00e9chafaudage s\u2019effondre. Le quotidien ext\u00e9rieur, dans sa pesanteur objective, nous conditionne et nous reproduit. Nous sommes les fils de la banalit\u00e9 quotidienne. M\u00eame quand nous parlons de \u201cchoses importantes\u201d, comme la r\u00e9volution, nous avons toujours les yeux riv\u00e9s au calendrier. Le patron a peur de la r\u00e9volution parce que \u00e7a lui \u00f4terait son portefeuille, le paysan fera la r\u00e9volution pour obtenir de la terre, le r\u00e9volutionnaire pour v\u00e9rifier sa th\u00e9orie. Une fois le probl\u00e8me pos\u00e9 en ces termes, entre portefeuille, terre et th\u00e9orie r\u00e9volutionnaire, il n\u2019y a aucune diff\u00e9rence. Tous ces objets sont purement imaginaires, ils sont le miroir des illusions humaines.<\/p>\n<p class=\"text-justify\">Seule la lutte est r\u00e9elle.<\/p>\n<p class=\"text-justify\">Elle fait la diff\u00e9rence entre patrons et paysans et \u00e9tablit l\u2019alliance entre paysans et r\u00e9volutionnaires. Les formes d\u2019organisation de la production sont les vecteurs id\u00e9ologiques qui masquent la grande illusion de l\u2019identit\u00e9 du singulier. Cette identit\u00e9 est projet\u00e9e dans l\u2019imaginaire \u00e9conomique de la valeur. Un code en \u00e9tablit l\u2019interpr\u00e9tation. Certains \u00e9l\u00e9ments de ce code sont aux mains des patrons. Nous nous en sommes aper\u00e7us avec la consum\u00e9risme. M\u00eame la technologie de la guerre psychologique et de la r\u00e9pression totale sont des \u00e9l\u00e9ments d\u2019interpr\u00e9tation de l\u2019\u00eatre humain \u00e0 condition qu\u2019il soit \u201cproducteur\u201d. D\u2019autres \u00e9l\u00e9ments du code sont disponibles pour une utilisation r\u00e9formatrice. Non pas r\u00e9volutionnaire, mais simplement r\u00e9formatrice. Pensons, par exemple, au consum\u00e9risme social qui se substituera au consum\u00e9risme d\u2019apparat de ces derni\u00e8res ann\u00e9es. Mais il en existe encore d\u2019autres. Plus raffin\u00e9s. Le contr\u00f4le autogestionnaire de la production est un autre \u00e9l\u00e9ment du code d\u2019exploitation. Et ainsi de suite. Si jamais il vient \u00e0 l\u2019id\u00e9e de n\u2019importe qui d\u2019organiser ma vie, alors ce quelqu\u2019un ne pourra jamais \u00eatre mon compagnon. S\u2019il justifie sa fa\u00e7on de faire avec l\u2019excuse qu\u2019il faut bien que quelqu\u2019un \u201cproduise\u201d, sinon nous perdrions tous notre identit\u00e9 d\u2019humains et serions submerg\u00e9s par la \u201cnature sauvage et inculte\u201d, nous r\u00e9pondrons que le rapport nature-humanit\u00e9 est une illusion de la bourgeoisie marxiste \u00e9clair\u00e9e. Pourquoi a-t-on voulu transformer une \u00e9p\u00e9e en fourche\u00a0? Pourquoi doit-on toujours s\u2019inqui\u00e9ter de se distinguer de la nature\u00a0?<\/p>\n<h3 id=\"toc3\">III<\/h3>\n<div class=\"right\">\n<p class=\"text-right\"><em>S\u2019ils n\u2019obtiennent pas ce qui est n\u00e9cessaire,<\/em><\/p>\n<p class=\"text-right\"><em>les hommes s\u2019\u00e9puisent pour ce qui est inutile.<\/em><\/p>\n<p class=\"text-right\">Goethe<\/p>\n<\/div>\n<p class=\"text-justify\">L\u2019humain a besoin de beaucoup de choses. G\u00e9n\u00e9ralement, cette affirmation est interpr\u00e9t\u00e9e dans le sens qu\u2019il a des besoins et qu\u2019il est oblig\u00e9 de les satisfaire. On a, de cette fa\u00e7on, la transformation de l\u2019humain d\u2019une unit\u00e9 bien pr\u00e9cise historiquement en une dualit\u00e9 (moyen et fin en m\u00eame temps). En fait, il se r\u00e9alise par la satisfaction de ses besoins (c\u2019est-\u00e0-dire par le travail) et est ainsi l\u2019instrument de sa propre r\u00e9alisation. Tout un chacun voit combien de mythologie se cache derri\u00e8re ces affirmations. Si l\u2019humain ne se distingue pas de la nature sans le travail, comment peut-il se r\u00e9aliser lui-m\u00eame par la satisfaction de ses besoins\u00a0? Pour ce faire, il devrait d\u00e9j\u00e0 \u00eatre humain, donc, il devrait avoir assouvi ses besoins, donc, ne devrait pas avoir besoin de travailler. La marchandise constitue en elle-m\u00eame la profonde utilit\u00e9 du symbole. Elle devient ainsi point de r\u00e9f\u00e9rence, unit\u00e9 de mesure, valeur d\u2019\u00e9change. Le spectacle commence. Les r\u00f4les sont distribu\u00e9s. Ils se reproduisent. \u00e0 l\u2019infini. Sans modification digne d\u2019\u00eatre not\u00e9e, les acteurs se lancent dans leur r\u00e9citation. La satisfaction du besoin devient un effet r\u00e9flexe, marginal. La chose la plus importante, c\u2019est la transformation de l\u2019humain en \u201cchose\u201d, et avec lui, tout le reste. La nature devient \u201cchose\u201d. \u00e0 l\u2019usage, elle se corrompt et corrompt les instincts vitaux des humains. Entre eux et la nature, s\u2019ouvrent de larges espaces qu\u2019il faut combler. C\u2019est \u00e0 \u00e7a que sert l\u2019extension des \u00e9changes marchands. Le spectacle s\u2019\u00e9tend au point de se d\u00e9vorer lui-m\u00eame avec ses propres contradictions. La salle et la sc\u00e8ne entrent en une seule et m\u00eame dimension et se red\u00e9ploient \u00e0 un niveau sup\u00e9rieur, plus vaste, de reproduction du spectacle m\u00eame, et ainsi \u00e0 l\u2019infini. Qui fuit le code mercantile ne re\u00e7oit pas son objectivation et tombe \u201chors\u201d le champ r\u00e9el du spectacle. Et l\u00e0, il est montr\u00e9 du doigt. Encercl\u00e9 de fil barbel\u00e9. S\u2019il n\u2019accepte pas la proposition d\u2019englobement, s\u2019il refuse un nouveau niveau de codification, on le criminalise. Sa \u201cfolie\u201d est \u00e9vidente. On ne consent pas au refus de l\u2019illusoire dans un monde qui a fond\u00e9 sa r\u00e9alit\u00e9 sur l\u2019illusion et son r\u00e9el sur le fictif. Le capital r\u00e9git le spectacle sur la base de la loi de l\u2019accumulation. Mais aucune chose ne peut \u00eatre accumul\u00e9e ind\u00e9finiment. Pas m\u00eame le capital. Un processus quantitatif absolu est une illusion, une illusion quantitative. Ce que les patrons ont parfaitement compris. L\u2019exploitation prend des formes et suit des mod\u00e8les id\u00e9ologiques vari\u00e9s justement pour garantir, de fa\u00e7on vari\u00e9e, d\u2019un point de vue qualitatif, cette accumulation qui ne pouvait continuer \u00e0 l\u2019infini sous l\u2019angle quantitatif. Que l\u2019ensemble rentre dans le paradoxal et l\u2019illusoire, cela importe peu au capital, parce que c\u2019est lui qui tient les r\u00eanes et fixe les r\u00e8gles. S\u2019il doit vendre l\u2019illusion comme r\u00e9alit\u00e9, que \u00e7a lui fait du fric, autant continuer \u00e0 la vendre et ne pas se poser trop de questions. Ce sont les exploit\u00e9s qui en font les frais. C\u2019est donc leur t\u00e2che de s\u2019apercevoir de l\u2019illusion et de chercher \u00e0 identifier la r\u00e9alit\u00e9. Pour le capital, les choses vont bien telles qu\u2019elles sont, m\u00eame si elles ont pour fondement le plus grand spectacle d\u2019illusionnisme au monde. Les exploit\u00e9s ont presque la nostalgie de cette illusion. Ils se sont habitu\u00e9s aux cha\u00eenes et ont m\u00eame de l\u2019affection pour elles. Ils r\u00eavent parfois de soul\u00e8vements fascinants et de bains de sang, mais ils se laissent \u00e9blouir par les mots des nouveaux leaders politiques. Le parti r\u00e9volutionnaire \u00e9largit encore la perspective illusoire du capital \u00e0 un point que ce dernier, tout seul, ne pourrait jamais atteindre.<\/p>\n<p class=\"text-justify\">Encore une fois, l\u2019illusion quantitative fait des ravages.<\/p>\n<p class=\"text-justify\">Les exploit\u00e9s s\u2019enr\u00f4lent, se comptent, se rassemblent. Des slogans f\u00e9roces font tressauter le c\u0153ur dans la poitrine des bourgeois. Et plus le nombre de ceux qui se comptent est \u00e9lev\u00e9, plus l\u2019arrogance et les pr\u00e9tentions des leaders deviennent grandes. Ces derniers font des r\u00eaves de conqu\u00eate. Le nouveau pouvoir se met en place sur la d\u00e9pouille de l\u2019ancien. L\u2019\u00e2me de Bonaparte sourit, satisfaite. Bien s\u00fbr, de profondes transformations du code des illusions sont au programme. Mais tout doit ob\u00e9ir au signe de l\u2019accumulation quantitative. Les forces militantes croissent, les pr\u00e9tentions de la r\u00e9volution doivent cro\u00eetre. De m\u00eame, doit cro\u00eetre le taux du profit social, qui vient se substituer au profit priv\u00e9. Le capital entre ainsi dans une nouvelle phase illusoire et spectaculaire. Les vieux besoins ressurgissent sous de nouvelles \u00e9tiquettes. Le dieu de la productivit\u00e9 continue \u00e0 dominer sans rival. C\u2019est beau de se compter. \u00c7a nous fait croire que nous sommes forts. Les syndicats se comptent. Les partis se comptent. Les patrons se comptent. Comptons-nous nous aussi. Et tournez man\u00e8ges. Et quand nous aurons fini de nous compter, nous chercherons \u00e0 faire que les choses restent telles qu\u2019elles \u00e9taient. Si la transformation est n\u00e9cessaire, faisons-la sans g\u00eaner personne. Les r\u00eaves se laissent p\u00e9n\u00e9trer facilement. On red\u00e9couvre la politique de fa\u00e7on p\u00e9riodique. Souvent, le capital trouve des solutions g\u00e9niales. Alors, la paix sociale retombe sur nos t\u00eates. Un silence de mort. L\u2019illusion se g\u00e9n\u00e9ralise \u00e0 un point tel que le spectacle absorbe presque toutes les forces disponibles. Tout se tait. Puis, on red\u00e9couvre les d\u00e9fauts et la monotonie de la mise en sc\u00e8ne. Le rideau se l\u00e8ve sur des situations impr\u00e9vues. La machine capitaliste accuse le coup. Alors, nous red\u00e9couvrons l\u2019engagement r\u00e9volutionnaire. C\u2019est arriv\u00e9 en 68. Tous avec les yeux exorbit\u00e9s. Tous f\u00e9roces. Un nombre de brochures \u00e0 vous faire mourir d\u2019\u00e9touffement. Des montagnes de tracts, d\u2019opuscules, de journaux, de livres. Toutes les vieilles nuances id\u00e9ologiques mises en colonne comme autant de bons petits soldats. M\u00eame les anarchistes se red\u00e9couvraient eux-m\u00eames. Et ils le faisaient historiquement, selon les exigences du moment. Tous born\u00e9s. Born\u00e9s, m\u00eame les anarchistes. Quand quelqu\u2019un se r\u00e9veillait du sommeil spectaculaire, regardant autour de lui, cherchant de l\u2019espace et de l\u2019air pour respirer, et voyant les anarchistes, il se disait \u00e0 lui-m\u00eame\u00a0: \u201cEnfin, voil\u00e0 les gens avec qui je veux \u00eatre\u201d. Tout de suite apr\u00e8s, il s\u2019apercevait de l\u2019erreur. M\u00eame de ce c\u00f4t\u00e9-l\u00e0, les choses n\u2019allaient pas comme elles auraient d\u00fb. L\u00e0 aussi\u00a0: \u00e9troitesse d\u2019esprit et spectacle. Et ce quelqu\u2019un fuyait. Il se repliait sur lui-m\u00eame. Il se d\u00e9courageait. Il acceptait le jeu du capital. Et, s\u2019il ne l\u2019acceptait pas, il \u00e9tait mis au ban, par tous, m\u00eame les anarchistes. La machine de 68 a produit les meilleurs fonctionnaires du nouvel \u00e9tat techno-bureaucratique. Mais il a aussi produit des anticorps. Les m\u00e9canismes de l\u2019illusion quantitative sont devenus visibles. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, ils se sont nourris d\u2019une nouvelle s\u00e8ve, pour construire une nouvelle vision du spectacle marchand. De l\u2019autre, ils ont subi des \u00e9gratignures. L\u2019inutilit\u00e9 de l\u2019affrontement sur le plan de la productivit\u00e9 est devenue \u00e9vidente. Emparez-vous des usines, des campagnes, des \u00e9coles, des quartiers et autog\u00e9rez-les, disaient les vieux r\u00e9volutionnaires anarchistes. Abattons le pouvoir sous toutes ses formes, ajoutaient-ils tout de suite apr\u00e8s. Mais ils n\u2019allaient pas plus loin, ils ne montraient pas la v\u00e9ritable \u00e9tendue de la plaie. Ils pr\u00e9f\u00e9raient la cacher malgr\u00e9 sa gravit\u00e9, misant sur la spontan\u00e9it\u00e9 cr\u00e9atrice de la r\u00e9volution. Ils voulaient seulement en attendre les r\u00e9sultats tout en ayant la main-mise sur les moyens de production. Quoi qu\u2019il arrive, quelle que soit la forme cr\u00e9atrice que prendra la r\u00e9volution, nous devons avoir les moyens de production en notre possession, affirmaient-ils. Sinon l\u2019ennemi nous vaincra sur le plan de la production. Et pour ce faire, ils s\u2019adaptaient \u00e0 toutes formes de compromis. Pour ne pas trop s\u2019\u00e9loigner des manettes de commande du spectacle, ils finissaient par construire une autre forme de spectacle, parfois tout aussi macabre. L\u2019illusion spectaculaire a ses r\u00e8gles. Qui veut la g\u00e9rer doit s\u2019y soumettre. Il doit les conna\u00eetre, les imposer et y pr\u00eater serment. La r\u00e8gle premi\u00e8re est que la production conditionne tout. Celui qui ne produit pas n\u2019est pas un \u00eatre humain, la r\u00e9volution n\u2019est pas pour lui. Pourquoi devrions-nous tol\u00e9rer les parasites\u00a0? Nous devrions peut-\u00eatre travailler \u00e0 leur place\u00a0? Nous devrions aussi assurer leur survie\u00a0? Et aussi\u00a0: tous ces gens sans id\u00e9e d\u00e9finie et avec la pr\u00e9tention de vouloir n\u2019en faire qu\u2019\u00e0 leur t\u00eate, ne sont-ils pas des alli\u00e9s \u201cobjectifs\u201d de la contre-r\u00e9volution\u00a0? Autant s\u2019attaquer \u00e0 eux d\u00e8s maintenant. Que l\u2019on sache qui sont nos alli\u00e9s et avec qui nous voulons \u00eatre. Si nous devons faire peur, faisons-le tous ensemble, encadr\u00e9s et en bon ordre, et que personne ne mette les pieds sur la table ou ne se d\u00e9gonfle. Organisons nos propres structures. Formons des militants qui connaissent parfaitement les techniques de la lutte dans les secteurs productifs. La r\u00e9volution, seuls les \u201cproducteurs\u201d la feront, et nous serons l\u00e0 pour les emp\u00eacher de faire des b\u00eatises.<\/p>\n<p class=\"text-justify\">Non, tout cela est erron\u00e9. De quelle fa\u00e7on pourrions-nous les emp\u00eacher de faire des b\u00eatises\u00a0? Sur le plan du spectacle illusoire de l\u2019organisation, il y a de plus gros vantards que nous. Et ils ont du souffle \u00e0 gaspiller. Lutte sur le lieu de travail. Lutte pour la d\u00e9fense du travail. Lutte pour la production. Quand romprons-nous ce cercle\u00a0? Quand finirons-nous de nous mordre la queue\u00a0?<\/p>\n<h3 id=\"toc4\">IV<\/h3>\n<div class=\"right\">\n<p class=\"text-right\"><em>L\u2019homme difforme trouve toujours des miroirs qui le rendent beau.<\/em><\/p>\n<p class=\"text-right\">Sade<\/p>\n<\/div>\n<p class=\"text-justify\">Quelle folie que l\u2019amour du travail\u00a0!<\/p>\n<p class=\"text-justify\">Quelle grande habilet\u00e9 sc\u00e9nique que celle du capital qui a su faire aimer l\u2019exploitation aux exploit\u00e9s, la corde aux pendus et la cha\u00eene aux esclaves. Cette id\u00e9alisation du travail a tu\u00e9, jusqu\u2019\u00e0 aujourd\u2019hui, la r\u00e9volution. Le mouvement des exploit\u00e9s a \u00e9t\u00e9 corrompu par l\u2019immixtion de la morale bourgeoise de la production, c\u2019est-\u00e0-dire de quelque chose qui n\u2019est pas seulement \u00e9tranger au mouvement mais qui lui est aussi contraire. Ce n\u2019est pas un hasard si les premiers \u00e0 se corrompre ont \u00e9t\u00e9 les syndicats, parce que ce sont eux les plus proches de la gestion du spectacle de la production. \u00e0 l\u2019\u00e9thique du travail, il faut opposer l\u2019esth\u00e9tique du non-travail. \u00e0 la satisfaction des besoins spectaculaires, impos\u00e9s par la soci\u00e9t\u00e9 marchande, il faut opposer la satisfaction des besoins naturels r\u00e9\u00e9valu\u00e9s \u00e0 la lumi\u00e8re du besoin primaire et essentiel\u00a0: le besoin de communisme. L\u2019\u00e9valuation quantitative de la pression que les besoins exercent sur les humains, s\u2019en trouve boulevers\u00e9. Le besoin de communisme transforme les autres besoins et leur pression sur l\u2019homme. La mis\u00e8re des humains, objets d\u2019exploitation, a \u00e9t\u00e9 vue comme la base du rachat \u00e0 venir. Le christianisme et les mouvements r\u00e9volutionnaires s\u2019entendent \u00e0 travers l\u2019histoire\u00a0: il faut souffrir pour conqu\u00e9rir le paradis ou acqu\u00e9rir la conscience de classe qui m\u00e8nera \u00e0 la r\u00e9volution. Sans l\u2019\u00e9thique du travail, la notion marxiste de \u201cprol\u00e9tariat\u201d n\u2019aurait pas de sens. Mais l\u2019\u00e9thique du travail est un produit du rationalisme bourgeois, qui a permis la conqu\u00eate du pouvoir par la bourgeoisie. Le corporatisme ressurgit entre les mailles de l\u2019internationalisme prol\u00e9taire. Chacun lutte \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de son secteur. Au mieux, il \u00e9tablit des contacts (\u00e0 travers les syndicats) avec des secteurs similaires dans d\u2019autres pays. Face au bloc monolithique des multinationales, il y a le bloc monolithique des centrales syndicales internationales. Faisons la r\u00e9volution, mais sauvons la machine, l\u2019instrument de travail, l\u2019objet mythique qui reproduit la vertu historique de la bourgeoisie, devenue maintenant patrimoine du prol\u00e9tariat. L\u2019h\u00e9ritier des destins r\u00e9volutionnaires est le sujet vou\u00e9 \u00e0 devenir consommateur et acteur principal du futur spectacle du capital. La classe r\u00e9volutionnaire, id\u00e9alis\u00e9e comme b\u00e9n\u00e9ficiaire de l\u2019affrontement de classe, s\u2019\u00e9vanouit dans l\u2019id\u00e9alisme de la production. Quand les exploit\u00e9s se font enfermer dans une classe, tous les \u00e9l\u00e9ments de l\u2019illusion spectaculaire ont d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 reconduits, ceux-l\u00e0 m\u00eame de la classe bourgeoise. Pour \u00e9chapper au projet globalisant du capital, les exploit\u00e9s n\u2019ont que la route qui passe par le refus du travail, de la production, de l\u2019\u00e9conomie politique. Mais le refus du travail ne doit pas \u00eatre confondu avec le \u201cmanque de travail\u201d dans une soci\u00e9t\u00e9 bas\u00e9e sur le travail. Le marginal cherche du travail. Il n\u2019en trouve pas. Il est ghetto\u00efs\u00e9, criminalis\u00e9. Tout cela fait partie de la gestion globale du spectacle productif. Le capital a besoin des \u201cproducteurs\u201d l\u00e9gaux ou pas. Seulement, l\u2019\u00e9quilibre est instable. Les contradictions explosent et d\u00e9clenchent des crises de diff\u00e9rents types, dans lesquelles se g\u00e8re l\u2019intervention r\u00e9volutionnaire. Ainsi, le refus du travail, la destruction du travail, c\u2019est l\u2019affirmation du besoin du non-travail. C\u2019est l\u2019affirmation que l\u2019homme peut s\u2019autoproduire et s\u2019auto-objectiver \u00e0 travers le non-travail, \u00e0 travers les sollicitations diverses et vari\u00e9es que le besoin de non-travail suscite. En consid\u00e9rant le concept de destruction du travail du point de vue de l\u2019\u00e9thique du travail, on reste stup\u00e9fait. Mais quoi\u00a0? Tant de personnes cherchent du travail, sont au ch\u00f4mage, et on parle de \u201cdestruction du travail\u201d\u00a0? Le fant\u00f4me luddite se dresse et \u00e9pouvante les r\u00e9volutionnaires-qui-se-sont-tap\u00e9s-tous-les-classiques. Le sch\u00e9ma d\u2019attaque frontale et quantitative contre les forces du capital doit rester le m\u00eame. Les erreurs et les souffrances du pass\u00e9 ne comptent pas, les hontes et les trahisons non plus. Allez, en avant, mus par la foi en des jours meilleurs, en avant, toujours\u00a0! Pour \u00e9pouvanter les prol\u00e9taires, et les pousser dans l\u2019atmosph\u00e8re stagnante des organisations de classes (partis, syndicats et autres mouvements), il suffit de voir dans quoi se noie aujourd\u2019hui le concept de \u201ctemps libre\u201d, de suspension du travail. Le spectacle des organisations bureaucratiques du temps libre a tout pour d\u00e9primer les imaginations les plus fertiles. Mais cette fa\u00e7on de faire n\u2019est rien d\u2019autre qu\u2019une couverture id\u00e9ologique, un des instruments de la guerre totale qui est la base du spectacle dans son ensemble. C\u2019est le besoin de communisme qui transforme tout. \u00e0 travers le besoin de communisme, le besoin du non-travail passe du moment n\u00e9gatif (opposition au travail), au moment positif\u00a0: disponibilit\u00e9 compl\u00e8te de l\u2019individu face \u00e0 lui-m\u00eame, possibilit\u00e9 totale de s\u2019exprimer librement, rupture avec tous les sch\u00e9mas, m\u00eame ceux consid\u00e9r\u00e9s comme fondamentaux et intouchables, notamment celui de la production. Mais les r\u00e9volutionnaires sont fid\u00e8les et ils ont peur de rompre avec tous les sch\u00e9mas, y compris celui de la r\u00e9volution, si ce dernier &#8211; en tant que sch\u00e9ma &#8211; constitue un obstacle \u00e0 la pleine r\u00e9alisation de ce que le concept promet. Ils ont peur de se retrouver totalement d\u00e9s\u0153uvr\u00e9s. Avez-vous jamais connu un r\u00e9volutionnaire sans projet r\u00e9volutionnaire\u00a0? Un projet bien ficel\u00e9 et clairement expos\u00e9 aux masses\u00a0? Quelle serait cette race de r\u00e9volutionnaire qui pr\u00e9tendrait d\u00e9truire le sch\u00e9ma, l\u2019enveloppe, le fondement de la r\u00e9volution\u00a0? En attaquant les concepts de quantification, de classe, de projet, de sch\u00e9ma, de mission historique, et autres vieilleries du m\u00eame ordre, on court le risque de ne plus rien avoir \u00e0 faire, d\u2019\u00eatre oblig\u00e9 d\u2019agir, dans la r\u00e9alit\u00e9, modestement, avec tous les autres, comme des millions d\u2019autres, qui construisent la r\u00e9volution jour apr\u00e8s jour, sans attendre le signal d\u2019un grand soir. Et pour cela, il faut du courage. Avec les sch\u00e9mas et les gad-gets quantitatifs, on reste dans le fictif, c\u2019est-\u00e0-dire dans le projet illusoire de la r\u00e9volution, amplification du spectacle du capital\u00a0; avec l\u2019abolition de l\u2019\u00e9thique productive, on entre directement dans la r\u00e9alit\u00e9 r\u00e9volutionnaire. Le fait m\u00eame de parler de ces choses est difficile. Parce que \u00e7a n\u2019aurait aucun sens d\u2019en parler \u00e0 travers les pages d\u2019un trait\u00e9. Celui qui chercherait \u00e0 r\u00e9duire ces probl\u00e8mes en une analyse compl\u00e8te et d\u00e9finitive raterait le coche. La meilleure forme serait le discours sympathique et l\u00e9ger, capable de r\u00e9aliser cette subtile magie des jeux de mots. Parler s\u00e9rieusement de la joie est r\u00e9ellement une contradiction.<\/p>\n<h3 id=\"toc5\">V<\/h3>\n<div class=\"right\">\n<p class=\"text-right\"><em>Les nuits d\u2019\u00e9t\u00e9 sont p\u00e9nibles.<\/em><\/p>\n<p class=\"text-right\"><em>Dans les petites chambres, on dort mal\u00a0:<\/em><\/p>\n<p class=\"text-right\"><em>c\u2019est la Veille de la Guillotine.<\/em><\/p>\n<p class=\"text-right\">Zo d\u2019Axa<\/p>\n<\/div>\n<p class=\"text-justify\">M\u00eame l\u2019exploit\u00e9 trouve le temps pour jouer. Mais son jeu n\u2019est pas joie. C\u2019est une liturgie macabre. Une attente de la mort. Une suspension du travail utilis\u00e9e pour \u00e9vacuer la charge de violence accumul\u00e9e au cours de la production. Dans le monde illusoire de la marchandise, le jeu aussi est illusoire. On se fait croire que l\u2019on joue, alors qu\u2019on ne fait rien d\u2019autre que r\u00e9p\u00e9ter de fa\u00e7on monotone les r\u00f4les assign\u00e9s par le capital. En prenant conscience des m\u00e9canismes d\u2019exploitation, la premi\u00e8re chose \u00e0 la-quelle on pense, c\u2019est la vengeance, la derni\u00e8re, la joie. La lib\u00e9ration est vue comme recomposition d\u2019un \u00e9quilibre rompu par la m\u00e9chancet\u00e9 du capital, non comme av\u00e8nement d\u2019un monde du jeu qui se substituera au monde du travail. C\u2019est la premi\u00e8re \u00e9tape de l\u2019attaque contre les patrons. La phase de la conscience imm\u00e9diate. Ce qui nous frappe, ce sont les cha\u00eenes, le fouet, les murs des prisons, les barri\u00e8res sexuelles et raciales. Tout \u00e7a doit s\u2019effondrer. Pour cela, nous nous armons et, pour cela, nous frappons l\u2019adversaire, le responsable. Dans la nuit de la guillotine, les bases d\u2019un nouveau spectacle sont jet\u00e9es, le capital reconstitue ses forces\u00a0: d\u2019abord, les t\u00eates des patrons tombent, puis celles des r\u00e9volutionnaires. Il est impossible de faire la r\u00e9volution seulement avec la guillotine. La vengeance est l\u2019anti-chambre du leader. Qui veut se venger a besoin d\u2019un chef. Un chef qui m\u00e8ne \u00e0 la victoire et r\u00e9tablisse la justice bless\u00e9e. Et qui veut se venger a tendance \u00e0 revendiquer la possession de quelque chose qui lui a \u00e9t\u00e9 \u00f4t\u00e9. Jusqu\u2019\u00e0 l\u2019abstraction supr\u00eame\u00a0: l\u2019extraction de la plus-value.<\/p>\n<p class=\"text-justify\">Le monde du futur doit \u00eatre un monde o\u00f9 tout le monde travaille.<\/p>\n<p class=\"text-justify\">Bien\u00a0! Nous aurons ainsi impos\u00e9 l\u2019esclavage \u00e0 tous, exception faite de ceux qui devront le faire perdurer, et qui, pour cette raison m\u00eame, seront les nouveaux patrons.<\/p>\n<p class=\"text-justify\">Advienne que pourra mais les patrons doivent \u201cpayer\u201d pour leurs fautes.<\/p>\n<p class=\"text-justify\">Bien\u00a0! Nous aurons ainsi reproduit l\u2019\u00e9thique chr\u00e9tienne du p\u00e9ch\u00e9, de la condamnation, de l\u2019expiation \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de la r\u00e9volution. Puisque les concepts de \u201cdette\u201d et de \u201cpayer\u201d ont une filiation clairement mercantile.<\/p>\n<p class=\"text-justify\">Tout \u00e7a fait partie du spectacle. Quand ce n\u2019est pas directement g\u00e9r\u00e9 par le pouvoir, cela peut \u00eatre r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 facilement. Un renversement des r\u00f4les fait partie des techniques dramaturgiques. \u00e0 un certain niveau de l\u2019affrontement de classe, il peut \u00eatre indispensable d\u2019attaquer avec les armes de la vengeance et de la punition. Le mouvement peut n\u2019en poss\u00e9der aucune autre. C\u2019est alors le moment de la guillotine. Mais les r\u00e9volutionnaires doivent \u00eatre conscients des limites de ces armes. Ils ne peuvent se bercer d\u2019illusions et berner les autres. Dans le cadre parano\u00efaque d\u2019une machine rationalisante &#8211; comme l\u2019est le capital &#8211; m\u00eame le concept de r\u00e9volution vengeresse peut \u00eatre absorb\u00e9 dans la transformation continuelle du spectacle. Le mouvement apparent de la production se d\u00e9roule sous les auspices des sciences \u00e9conomiques, mais il se fonde en r\u00e9alit\u00e9 sur l\u2019anthropologie illusoire de la s\u00e9paration des t\u00e2ches. Il n\u2019y a pas de joie dans le travail. Pas m\u00eame dans le travail autog\u00e9r\u00e9. La r\u00e9volution ne peut se limiter \u00e0 une modification de l\u2019organisation du travail, et seulement \u00e0 cela. Il n\u2019y a pas de joie dans le sacrifice, dans la mort, dans la vengeance. Comme il n\u2019y a pas de joie dans le fait de se compter. L\u2019arithm\u00e9tique est la n\u00e9gation de la joie. Qui veut vivre ne produit pas de la mort. L\u2019acceptation transitoire de la guillotine conduit \u00e0 son institutionnalisation. Mais, dans le m\u00eame temps, qui aime la vie n\u2019embrasse pas son exploiteur. Sinon, il d\u00e9testerait la vie et aimerait le sacrifice, l\u2019autopunition, le travail, la mort. Dans le cimeti\u00e8re du travail, les si\u00e8cles d\u2019exploitation ont \u00e9rig\u00e9 une montagne de la vengeance. Assis sur cette montagne, il y a, impassibles, les chefs du mouvement r\u00e9volutionnaire. Ils \u00e9tudient le meilleur moyen de tirer profit de cette montagne. La charge de violence venge-resse doit servir les int\u00e9r\u00eats de la nouvelle caste dirigeante. Symboles et drapeaux. Mots d\u2019ordre et analyses compliqu\u00e9es. L\u2019appareil id\u00e9ologique est dispos\u00e9 \u00e0 faire le n\u00e9cessaire. L\u2019\u00e9thique du travail rend possible l\u2019instrumentalisation. Qui aime le travail veut s\u2019emparer des moyens de production, il ne veut pas que l\u2019on aille de l\u2019avant \u00e0 l\u2019aveuglette. Il sait, par exp\u00e9rience, que les patrons ont dispos\u00e9 d\u2019une puissante organisation pour rendre possible l\u2019exploitation. Il pense que seule une organisation toute aussi puissante et parfaite rendra possible la lib\u00e9ration. Que l\u2019on fasse tout ce qui est possible, mais que l\u2019on sauve la croissance productive. Quelle immense arnaque. L\u2019\u00e9thique du travail, c\u2019est l\u2019\u00e9thique chr\u00e9tienne du sacrifice, l\u2019\u00e9thique des patrons, sur laquelle les massacres de l\u2019histoire se sont fond\u00e9s et succ\u00e9d\u00e9s de fa\u00e7on inqui\u00e9tante et m\u00e9thodique. Ces gens ne parviennent pas \u00e0 penser que l\u2019on peut ne pas produire de plus-value, que tout en ayant la possibilit\u00e9 de le faire, on peut s\u2019y refuser. Que l\u2019on peut affirmer, contre le travail, une volont\u00e9 non productive, capable de lutter non seulement contre les structures \u00e9conomiques des patrons, mais aussi contre les structures id\u00e9ologiques qui traversent toute la pens\u00e9e occidentale. Il est indispensable de comprendre que l\u2019\u00e9thique du travail constitue aussi le fondement du projet r\u00e9volutionnaire quantitatif. Un discours contre le travail \u00e9nonc\u00e9 par les organisations r\u00e9volutionnaires n\u2019aurait aucun sens \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de leur logique de croissance quantitative. L\u2019esth\u00e9tique de la joie, en se substituant \u00e0 l\u2019\u00e9thique du travail, n\u2019est pas une entrave \u00e0 la vie, comme le pr\u00e9tendent tant de compagnons inquiets. \u00e0 la question\u00a0: \u201cQue mangerons-nous ?\u201d, on peut r\u00e9pondre, en toute tranquillit\u00e9\u00a0: \u201cCe que nous produirons\u201d. Seulement, la production ne sera plus la dimension \u00e0 travers laquelle l\u2019\u00eatre humain s\u2019autod\u00e9termine, en passant dans le domaine du jeu et de la joie. On pourra produire non plus comme quelque chose de s\u00e9par\u00e9 de la nature, qui une fois r\u00e9alis\u00e9, retourne \u00e0 celle-ci mais comme quelque chose qui est la nature m\u00eame. C\u2019est pourquoi l\u2019arr\u00eat de la production sera possible \u00e0 tout moment quand on en aura assez. Seule la joie ne saurait \u00eatre arr\u00eat\u00e9e. Une force inconnue des spectres civilis\u00e9s qui peuplent notre \u00e9poque. Une force qui multipliera par mille l\u2019\u00e9nergie cr\u00e9atrice de la r\u00e9volution. La richesse sociale du monde communiste ne se mesure pas \u00e0 l\u2019aune de l\u2019accumulation de la plus-value, quand bien m\u00eame cette derni\u00e8re serait g\u00e9r\u00e9e par une minorit\u00e9 qui se nommerait parti du prol\u00e9tariat. Cette situation reproduit le pouvoir et nie le fondement m\u00eame de l\u2019anarchie. La richesse sociale communiste est li\u00e9e au potentiel de vie qui se r\u00e9alise apr\u00e8s la r\u00e9volution. \u00e0 l\u2019accumulation capitaliste, doit se substituer non pas une accumulation quantitative (m\u00eame g\u00e9r\u00e9e par unparti) mais une accumulation qualitative. La r\u00e9volution de la vie se substitue \u00e0 la simple r\u00e9volution \u00e9conomique. Le potentiel productif se substitue \u00e0 la production cristallis\u00e9e. Et la joie au spectacle. La n\u00e9gation du march\u00e9 spectaculaire de l\u2019illusion capitaliste imposera un autre type d\u2019\u00e9change. De l\u2019\u00e9change fictif quantitatif \u00e0 l\u2019\u00e9change r\u00e9el qualitatif. La circulation ne sera plus bas\u00e9e sur les objets ni sur leur pr\u00e9tendue utilit\u00e9, mais sur le sens que ces objets auront pour la vie. Et un sens \u201cpour la vie\u201d doit \u00eatre un sens de vie et non un sens de mort. Ces objets seront alors limit\u00e9s au moment pr\u00e9cis au cours duquel ils sont \u00e9chang\u00e9s et auront une signification toujours diff\u00e9rente en fonction des situations qui d\u00e9termineront l\u2019\u00e9change. Un m\u00eame objet pourra avoir des \u201cvaleurs\u201d profond\u00e9ment diff\u00e9rentes. Chacun de ces objets sera particulier. \u00e9tranger \u00e0 la production comme nous le connaissons dans le syst\u00e8me du capital. L\u2019\u00e9change m\u00eame aura un sens s\u2019il est per\u00e7u \u00e0 travers le refus de la production illimit\u00e9e. Il n\u2019existe pas de travail lib\u00e9r\u00e9. Il n\u2019existe pas de travail int\u00e9gr\u00e9 (manuel-intellectuel). Ce qui existe, c\u2019est la division du travail et la vente de la force de travail, c\u2019est-\u00e0-dire le monde capitaliste de la production. La r\u00e9volution sera toujours et seulement n\u00e9gation du travail, affirmation de la joie. Toute tentative d\u2019imposer l\u2019id\u00e9e d\u2019un travail qui ne serait \u201cque\u201d travail, sans exploitation, d\u2019un travail \u201cautog\u00e9r\u00e9\u201d, d\u2019un travail dans lequel l\u2019exploit\u00e9 se r\u00e9approprie la totalit\u00e9 du syst\u00e8me productif, est une mystification. Le concept d\u2019autogestion de la production reste valide seulement comme sch\u00e9ma de lutte contre le capital\u00a0; en fait, il ne peut \u00eatre s\u00e9par\u00e9 du concept d\u2019autogestion des luttes. En dehors de la lutte, l\u2019autogestion n\u2019est rien d\u2019autre que l\u2019autogestion de sa propre exploitation. Si la lutte est victorieuse, l\u2019autogestion de la production devient superflue, parce qu\u2019apr\u00e8s la r\u00e9volution, l\u2019organisation de la production est superflue et contre-r\u00e9volutionnaire.<\/p>\n<h3 id=\"toc6\">VI<\/h3>\n<div class=\"right\">\n<p class=\"text-right\"><em>Tant que tu n\u2019attrapes que ce que tu as lanc\u00e9 toi-m\u00eame,<\/em><\/p>\n<p class=\"text-right\"><em>tout n\u2019est qu\u2019habilet\u00e9 et gain de peu\u00a0;<\/em><\/p>\n<p class=\"text-right\"><em>Mais quand soudain tu reprendras<\/em><\/p>\n<p class=\"text-right\"><em>la balle qu\u2019une partenaire \u00e9ternelle<\/em><\/p>\n<p class=\"text-right\"><em>t\u2019a lanc\u00e9e visant, dans un \u00e9lan \u00e0 la pr\u00e9cision accomplie,<\/em><\/p>\n<p class=\"text-right\"><em>tel l\u2019un de ces arcs de pont par Dieu lanc\u00e9,<\/em><\/p>\n<p class=\"text-right\"><em>le centre m\u00eame de toi,<\/em><\/p>\n<p class=\"text-right\"><em>c\u2019est alors seulement que savoir attraper<\/em><\/p>\n<p class=\"text-right\"><em>te fera souverain, non de toi-m\u00eame, mais d\u2019un monde.<\/em><\/p>\n<p class=\"text-right\">Rainer Maria Rilke<\/p>\n<\/div>\n<p class=\"text-justify\">Tous autant que nous sommes, nous croyons avoir fait l\u2019exp\u00e9rience de la joie. Au moins une fois, chacun de nous, a cru se r\u00e9jouir dans sa vie. C\u2019est seulement que cette exp\u00e9rience de la joie est toujours \u00e0 la forme passive. Il nous arrive de nous r\u00e9jouir. Nous ne pouvons pas \u201cvouloir\u201d notre joie, comme nous ne pouvons pas forcer la joie \u00e0 se reproduire. Tout \u00e7a, cette s\u00e9paration entre nous et la joie, provient du fait que nous sommes \u201cs\u00e9par\u00e9s\u201d de nous-m\u00eames, coup\u00e9s en deux par le processus d\u2019exploitation. Nous travaillons toute l\u2019ann\u00e9e pour avoir la \u201cjoie\u201d des vacances. Quand elles arrivent, nous nous sentons dans l\u2019\u201cobligation\u201d de nous \u201cr\u00e9jouir\u201d du fait d\u2019\u00eatre en vacances. C\u2019est une torture comme une autre. De m\u00eame pour le dimanche. Un jour hallucinant. La rar\u00e9faction de l\u2019illusion du temps libre nous donne \u00e0 voir la vacuit\u00e9 du spectacle marchand dans lequel nous vivons. Le m\u00eame regard absent se pose sur le verre \u00e0 moiti\u00e9 vide, la t\u00e9l\u00e9vision, la partie de foot, la dose d\u2019h\u00e9ro\u00efne, l\u2019\u00e9cran de cin\u00e9ma, les longues files d\u2019automobiles, les enseignes publicitaires, les pavillons pr\u00e9fabriqu\u00e9s qui ont fini de tuer le paysage. Chercher la joie dans une des innombrables \u201crepr\u00e9sentations\u201d du spectacle capitaliste est pure folie. C\u2019est exactement ce que veut le capital. L\u2019exp\u00e9rience du temps libre, programm\u00e9 par nos exploiteurs, est l\u00e9tale. Elle fait d\u00e9si-rer le travail. On finit par pr\u00e9f\u00e9rer la mort certaine \u00e0 l\u2019apparence de la vie. Aucune joie r\u00e9elle ne peut nous venir du m\u00e9canisme rationnel de l\u2019exploitation capitaliste. La joie n\u2019a pas de r\u00e8gles fixes qui puissent l\u2019organiser. M\u00eame si nous devons pouvoir vouloir notre joie. Sinon, nous sommes perdus. Le recherche de la joie est donc une action de la volont\u00e9. Une n\u00e9gation forte des conditions fix\u00e9es par le capital, c\u2019est-\u00e0-dire de ses valeurs. La premi\u00e8re de ces n\u00e9gations c\u2019est la n\u00e9gation de la valeur du travail. Le recherche de la joie ne peut advenir qu\u2019\u00e0 travers la recherche du jeu. De cette fa\u00e7on, le jeu prend une signification diff\u00e9rente de celle que nous sommes habitu\u00e9s \u00e0 lui donner dans la dimension du capital. Le jeu que l\u2019on oppose, en tant qu\u2019oisivet\u00e9 sereine, \u00e0 la responsabilit\u00e9 de la vie, est une image fausse et distordue de la r\u00e9alit\u00e9 du jeu. Dans la r\u00e9alit\u00e9 de la lutte contre le capital, au stade actuel de l\u2019affrontement et des contradictions relatives, le jeu n\u2019est pas un \u201cpasse-temps\u201d, mais une arme de lutte. Par une ironie \u00e9trange, les choses s\u2019inversent. Si la vie est une chose s\u00e9rieuse, la mort est une illusion, dans la mesure o\u00f9 tant que nous vivons, la mort n\u2019existe pas. D\u00e9sormais, le r\u00e8gne de la mort, c\u2019est-\u00e0-dire le r\u00e8gne du capital, qui nie notre existence d\u2019humains en nous r\u00e9duisant \u00e0 des \u201cchoses\u201d, est extr\u00eamement s\u00e9rieux, \u201cen apparence\u201d, m\u00e9thodique et disciplin\u00e9. Mais son paroxysme possessif, son \u00e9ternel rigorisme \u00e9thique, sa manie du \u201cfaire\u201d, cachent une grande illusion\u00a0: le vide du spectacle marchand, l\u2019inutilit\u00e9 de l\u2019accumulation ind\u00e9finie, l\u2019absurdit\u00e9 de l\u2019exploitation. Ainsi, le plus grand s\u00e9rieux du monde du travail et de la productivit\u00e9 cache le plus grand manque de s\u00e9rieux. A contrario, la n\u00e9gation de ce monde obtus, la recherche de la joie, du r\u00eave, de l\u2019utopie, dans son \u201cmanque de s\u00e9rieux\u201d proclam\u00e9, cache la chose la plus s\u00e9rieuse de la vie\u00a0: la n\u00e9gation de la mort. M\u00eame de ce c\u00f4t\u00e9 de la barri\u00e8re, dans l\u2019affrontement physique avec le capital, le jeu peut prendre des formes diff\u00e9rentes. Beaucoup de choses peuvent \u00eatre faites \u201cpar jeu\u201d. Beaucoup de choses que d\u2019ordinaire nous faisons avec \u201cs\u00e9rieux\u201d, en arborant notre masque de mort, celui que le capital nous a pr\u00eat\u00e9. Le jeu se caract\u00e9rise par une impulsion de vie, toujours nouvelle, toujours en mouvement. En agissant par jeu, nous int\u00e9grons cette impulsion \u00e0 nos actions. Nous nous lib\u00e9rons de la mort. Le jeu nous permet de nous sentir vivants. Il nous donne l\u2019\u00e9motion de la vie. Dans l\u2019autre fa\u00e7on de faire, nous prenons tout comme une t\u00e2che, comme quelque chose que nous \u201cdevons\u201d, comme une obligation. C\u2019est dans cette \u00e9motion toujours nouvelle, exact inverse de l\u2019ali\u00e9nation et de la folie du capital, que nous pouvons identifier la joie. Dans la joie r\u00e9side la possibilit\u00e9 de rompre avec le vieux monde et d\u2019identifier des objectifs nouveaux, des besoins et des valeurs diff\u00e9rents. M\u00eame si la joie en tant que telle ne peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme le but de l\u2019\u00eatre humain, elle est sans aucun doute la dimension privil\u00e9gi\u00e9e, volontairement identifi\u00e9e, qui rend diff\u00e9rent l\u2019affrontement avec le capital.<\/p>\n<h3 id=\"toc7\">VII<\/h3>\n<div class=\"right\">\n<p class=\"text-right\"><em>La vie est si ennuyeuse qu\u2019il n\u2019y a rien d\u2019autre \u00e0 faire que de d\u00e9penser tout notre salaire dans la derni\u00e8re robe ou la derni\u00e8re chemise.<\/em><\/p>\n<p class=\"text-right\"><em>Fr\u00e8res et s\u0153urs, quels sont vos d\u00e9sirs\u00a0?<\/em><\/p>\n<p class=\"text-right\"><em>Vous tenir dans un drugstore, le regard \u00e9gar\u00e9 dans le n\u00e9ant, mort d\u2019ennui, en buvant un caf\u00e9 sans saveur\u00a0?<\/em><\/p>\n<p class=\"text-right\"><em>Ou peut-\u00eatre plut\u00f4t LE FAIRE SAUTER OU LE BRULER.<\/em><\/p>\n<p class=\"text-right\">The Angry Brigade<\/p>\n<\/div>\n<p class=\"text-justify\">Le grand spectacle du capital nous a tous foutus dedans, jusqu\u2019au cou. Tour \u00e0 tour, acteurs et spectateurs. Nous inversons les r\u00f4les, tant\u00f4t en regardant la bouche ouverte, tant\u00f4t en \u00e9tant regard\u00e9s par les autres. Nous sommes tous entr\u00e9s dans le carrosse de cristal tout en sachant qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019une citrouille. L\u2019illusion de la f\u00e9e a pi\u00e9g\u00e9 notre conscience critique. Maintenant nous devons jouer le jeu. Au moins jusqu\u2019\u00e0 minuit. La mis\u00e8re et la faim sont encore les \u00e9l\u00e9ments moteurs de la r\u00e9volution. Mais le capital est en train d\u2019\u00e9tendre le spectacle. Il entend faire entrer en sc\u00e8ne de nouveaux acteurs. Le plus grand spectacle du monde nous \u00e9tourdira. Toujours plus subtil et toujours mieux organis\u00e9. De nouveaux clowns s\u2019appr\u00eatent \u00e0 monter sur sc\u00e8ne. De nouveaux fauves seront domestiqu\u00e9s. Les tenants du quantitatif, les amants de l\u2019arithm\u00e9tique feront les premiers leur entr\u00e9e et resteront abasourdis par les lumi\u00e8res des premiers rangs. Derri\u00e8re eux, les masses du besoin et les id\u00e9ologies du rachat. Mais ce qu\u2019ils ne pourront pas \u00e9liminer, c\u2019est leur s\u00e9rieux. Le plus grand risque au devant duquel ils iront, c\u2019est un \u00e9clat de rire. La joie est mortelle dans le spectacle du capital. Tout y est obscur et fun\u00e8bre, tout y est s\u00e9rieux et convenu, tout y est rationnel et programm\u00e9, parce que tout y est faux et illusoire. Au-del\u00e0 de la crise, au-del\u00e0 des contradictions du sous-d\u00e9veloppement, au-del\u00e0 de la mis\u00e8re et de la faim, le capital devra mener l\u2019ultime bataille, celle d\u00e9cisive, contre l\u2019ennui. Le mouvement r\u00e9volutionnaire aussi devra mener ses batailles. Et pas seulement les traditionnelles batailles contre le capital. Mais encore une fois, celles contre lui-m\u00eame. L\u2019ennui le ronge de l\u2019int\u00e9rieur, le compromet, le rend \u00e9touffant, inhabitable. Laissons de c\u00f4t\u00e9 les amoureux des spectacles du capital. Ceux qui sont profond\u00e9ment d\u2019accord pour jouer leur r\u00f4le. Ceux-l\u00e0 m\u00eames qui pensent que les r\u00e9formes peuvent r\u00e9ellement changer les choses. Mais cette fa\u00e7on de penser est plus une couverture qu\u2019autre chose. Ils savent trop bien que de changer des petites choses est une des r\u00e8gles du syst\u00e8me. En ajustant les choses un peu \u00e0 la fois, on finit par redevenir utile au capital. Et puis il y a le mouvement r\u00e9volutionnaire o\u00f9 ne manquent pas ceux qui s\u2019attaquent verbalement au pouvoir du capital. Ceux-l\u00e0 font une grande confusion, ils ont recours \u00e0 de grandes phrases mais n\u2019impressionnent plus personne, d\u2019autant moins le capital. Ce sournois les utilise pour les parties les plus d\u00e9licates de son spectacle. Dans les moments o\u00f9 il a besoin d\u2019un soliste, il fait entrer en sc\u00e8ne un de ces personnages. Le r\u00e9sultat est affligeant. La v\u00e9rit\u00e9, c\u2019est qu\u2019il faut briser le m\u00e9canisme spectaculaire de la marchandise, en entrant dans le c\u0153ur du capital, dans le centre de coordination, dans le noyau m\u00eame de la production. Pensez \u00e0 cette merveilleuse explosion de joie, \u00e0 ce grand bond en avant cr\u00e9atif, \u00e0 cet objectif \u201cd\u00e9pourvu d\u2019objectif\u201d. Seulement, rentrer joyeusement, avec les symboles de la vie, dans le c\u0153ur du m\u00e9canisme du capital est une chose tr\u00e8s difficile. La lutte arm\u00e9e, souvent, est symbole de mort. Non pas parce qu\u2019elle donne la mort aux patrons et autres serviteurs mais parce qu\u2019elle pr\u00e9tend imposer les structures de la domination de la mort. Con\u00e7ue autrement, elle serait vraiment la joie en action, quand elle se rendrait capable de briser les conditions structurelles impos\u00e9es par le spectacle marchand, comme, par exemple, le parti militaire, la conqu\u00eate du pouvoir, l\u2019avant-garde. Voil\u00e0 l\u2019autre ennemi du mouvement r\u00e9volutionnaire. L\u2019incompr\u00e9hension. La fermeture face aux nouvelles conditions du conflit. La pr\u00e9tention d\u2019imposer les mod\u00e8les du pass\u00e9, d\u00e9sormais int\u00e9gr\u00e9s \u00e0 la gestion spectaculaire de la marchandise. La m\u00e9connaissance de la nouvelle r\u00e9alit\u00e9 r\u00e9volutionnaire alimente une m\u00e9connaissance th\u00e9orique et strat\u00e9gique des capa-cit\u00e9s r\u00e9volutionnaires du mouvement m\u00eame. Il ne sert \u00e0 rien d\u2019affirmer que nous avons des ennemis si proches qu\u2019il faut attaquer imm\u00e9diatement, au-del\u00e0 des \u00e9claircissements internes de nature th\u00e9orique. Tout cela cache la capacit\u00e9 d\u2019affronter la nouvelle r\u00e9alit\u00e9 du mouvement, l\u2019incapacit\u00e9 \u00e0 d\u00e9passer les erreurs du pass\u00e9 qui ont de graves cons\u00e9quences dans le pr\u00e9sent. Et cette fermeture alimente tout type d\u2019illusion politique rationaliste. Les cat\u00e9gories de la vengeance, du leader, du parti, de l\u2019avant-garde, de la croissance quantitative n\u2019ont de sens que dans le cadre de notre soci\u00e9t\u00e9 et il s\u2019agit d\u2019un sens qui favorise le maintien du pouvoir. Du point de vue r\u00e9volutionnaire, c\u2019est-\u00e0-dire celui de l\u2019\u00e9limination totale et d\u00e9finitive du pouvoir, ces cat\u00e9gories perdent tout leur sens. En se d\u00e9pla\u00e7ant dans le domaine du non-lieu de l\u2019utopie, dans le renversement de l\u2019\u00e9thique du travail, dans le ici et maintenant de la joie r\u00e9alis\u00e9e, on se trouve au c\u0153ur d\u2019une structure de mouvement qui est fort \u00e9loign\u00e9e des formes historiques de son organisation. Cette structure se transforme constamment \u00e9chappant \u00e0 toute tentative de cristallisation. Sa caract\u00e9ristique est l\u2019auto-organisation des producteurs, sur les lieux de travail, et l\u2019auto-organisation simultan\u00e9e des formes de lutte pour le refus du travail. Non pas appropriation des moyens de production gr\u00e2ce aux organisations historiques, mais refus de la production gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019\u00e9mergence de structures organisationnelles qui se transforment constamment. Il en est de m\u00eame dans le domaine du travail au noir. Les structures \u00e9mergent sur la base de l\u2019auto-orga-nisation, sous l\u2019impulsion du rejet de l\u2019ennui et de l\u2019ali\u00e9nation. L\u2019int\u00e9gration d\u2019un but programm\u00e9 et impos\u00e9 par une organisation n\u00e9e et voulue en dehors de ces structures signifie la mort du mouvement, le r\u00e9tablissement du spectacle marchand. La plupart d\u2019entre nous est li\u00e9e \u00e0 cette vision de l\u2019organisation r\u00e9volutionnaire. M\u00eame les anarchistes, tout en refusant la gestion autoritaire de l\u2019organisation, ne parviennent pas \u00e0 abandonner leur reconnaissance dans la validit\u00e9 de leurs formations historiques. Sur ces bases, tous, nous reconnaissons que la r\u00e9alit\u00e9 contradictoire du capital peut \u00eatre attaqu\u00e9e avec de tels moyens. Nous le faisons parce que nous sommes convaincus que ces moyens sont l\u00e9gitimes, qu\u2019ils \u00e9mergent du terrain m\u00eame de l\u2019affrontement avec le capital. Nous n\u2019admettons pas que quelqu\u2019un pense diff\u00e9remment de nous. Notre th\u00e9orie s\u2019identifie dans la pratique et dans la strat\u00e9gie de nos organisations. Il y a beaucoup de diff\u00e9rences entre nous et les autoritaires. Mais celles-ci s\u2019effacent devant la foi commune dans l\u2019organisation historique. On arrivera \u00e0 l\u2019anarchie gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019\u0153uvre de ces organisations (les diff\u00e9rences &#8211; substantielles &#8211; ne surgissent que sur le plan de la m\u00e9thodologie pour s\u2019en approcher). Ce que cette foi nous indique, c\u2019est une chose tr\u00e8s importante\u00a0: la pr\u00e9tention de notre culture rationaliste, de s\u2019expliquer le mouvement de la r\u00e9alit\u00e9, et de se l\u2019expliquer de fa\u00e7on progressive. Cette culture se fonde sur le pr\u00e9suppos\u00e9 de l\u2019irr\u00e9versibilit\u00e9 de l\u2019histoire et sur la capacit\u00e9 analytique de la science. Tout ceci nous permet de consid\u00e9rer le moment pr\u00e9sent comme la confluence de tous les efforts du pass\u00e9, comme le point le plus haut de la lutte contre le pouvoir de t\u00e9n\u00e8bres (l\u2019exploitation capitaliste). Ainsi, nous serions, dans l\u2019absolu, plus avanc\u00e9s que nos pr\u00e9d\u00e9cesseurs, capables d\u2019\u00e9laborer et de g\u00e9rer une th\u00e9orie et une strat\u00e9gie organisationnelle qui seraient le r\u00e9sultat de la somme de toutes les exp\u00e9riences pass\u00e9es. Tous ceux qui rejettent cette interpr\u00e9tation se retrouvent automatiquement hors de la r\u00e9alit\u00e9, celle-ci \u00e9tant, par d\u00e9finition, la m\u00eame chose que l\u2019histoire, le progr\u00e8s, et la science. Celui qui refuse est anti-historique, anti-progr\u00e8s, anti-science. Condamnations sans appel. Forts de cette cuirasse id\u00e9ologique, nous allons dans la rue. L\u00e0, nous nous affrontons avec une r\u00e9alit\u00e9 de lutte structur\u00e9e diff\u00e9remment. Ces structures agissent sous le coup d\u2019impulsions ne rentrant pas dans le cadre de nos analyses. Un beau matin, au cours d\u2019une manifestation pacifique, et autoris\u00e9e par la pr\u00e9fecture, quand les policiers commencent \u00e0 tirer, la structure r\u00e9agit, les compagnons se mettent \u00e0 tirer aussi, les policiers tombent. Anath\u00e8me\u00a0! La manifestation \u00e9tait pacifique. Puisqu\u2019elle a sombr\u00e9 dans la gu\u00e9rilla urbaine, il a d\u00fb y avoir provocation. Personne ne peut sortir du cadre parfait de notre organisation id\u00e9ologique puisqu\u2019elle n\u2019est pas une \u201cpartie\u201d de la r\u00e9alit\u00e9 mais \u201ctoute\u201d la r\u00e9alit\u00e9. Au-del\u00e0\u00a0: c\u2019est la folie et la provocation. Quelques supermarch\u00e9s sont d\u00e9truits, quelques commerces, des magasins alimentaires et des armureries sont saccag\u00e9s, des grosses cylindr\u00e9es sont br\u00fbl\u00e9es. C\u2019est une attaque contre le spectacle marchand dans ses formes les plus \u00e9videntes. Les structures \u00e9mergeantes s\u2019orientent dans cette direction. Elles prennent forme \u00e0 l\u2019improviste, avec un minimum indispensable d\u2019orientation strat\u00e9gique pr\u00e9alable. Sans fioritures ni grand pr\u00e9alables analytiques, sans toute une th\u00e9orie en renfort. Elles attaquent. On reconna\u00eet les compagnons dans ces structures. Ils refusent les organisations de l\u2019\u00e9quilibre des pouvoirs, de l\u2019attente et de la mort. Leur action est une critique en acte de la position attentiste et suicidaire de ces organisations. Anath\u00e8me\u00a0! Il a d\u00fb y avoir provocation. On se d\u00e9tache des formes traditionnelle du \u201cfaire\u201d politique. On p\u00e8se fortement et de fa\u00e7on critique sur le mouvement m\u00eame. On utilise l\u2019arme de l\u2019ironie. Pas dans le confort du bureau de l\u2019\u00e9crivain. Mais en masse, dans les rues. Alors s\u2019emp\u00eatrent dans le m\u00eame genre de difficult\u00e9 les valets des patrons, ceux d\u00e9sormais reconnus officiellement, et les guides r\u00e9volutionnaires du pass\u00e9 lointain et r\u00e9cent. La structure mentale du petit chef et du leader de groupe entre en crise. Anath\u00e8me\u00a0! La critique n\u2019est l\u00e9gitime que contre les patrons et selon les r\u00e8gles fix\u00e9es par la tradition historique de la lutte des classes. Qui sort des sentiers battus est un provocateur. On en a la naus\u00e9e des r\u00e9unions, des lectures de classiques, des manifestations inutiles, des discussions th\u00e9oriques qui coupent les cheveux en quatre, des distinctions infinies, de la monotonie et de la tristesse de certaines analyses politiques. \u00e0 \u00e7a, on pr\u00e9f\u00e8re faire l\u2019amour, fumer, \u00e9couter de la musique, marcher, dormir, rire, jouer, tuer des policiers, tirer dans les jambes des journalistes, juger les magistrats, faire sauter en l\u2019air les casernes de carabiniers. Anath\u00e8me\u00a0! La lutte n\u2019est l\u00e9gitime que quand elle est compr\u00e9hensible par les chefs de la r\u00e9volution. En cas contraire, puisqu\u2019il y a le risque que ces derniers perdent le contr\u00f4le de la situation, il a d\u00fb y avoir une provocation. D\u00e9p\u00eache-toi compagnon, tire tout de suite sur le policier, le juge, le patron avant qu\u2019une nouvelle police ne t\u2019en emp\u00eache\u00a0; d\u00e9p\u00eache-toi de dire non avant qu\u2019une nouvelle r\u00e9pression te convainque du fait que de dire non est insens\u00e9 et fou et qu\u2019il est juste que tu acceptes l\u2019hospitalit\u00e9 des h\u00f4pitaux psychiatriques. D\u00e9p\u00eache-toi d\u2019attaquer le capital avant qu\u2019une nouvelle id\u00e9ologie ne le rende \u00e0 nouveau sacr\u00e9. D\u00e9p\u00eache-toi de refuser le travail avant que quelque nouveau sophiste te dise, encore une fois, que \u201cle travail rend libre\u201d. D\u00e9p\u00eache-toi de jouer. D\u00e9p\u00eache-toi de t\u2019armer.<\/p>\n<h3 id=\"toc8\">VIII<\/h3>\n<div class=\"right\">\n<p class=\"text-right\"><em>Il n\u2019y aura plus de r\u00e9volution tant que les Cosaques ne descendront pas.<\/em><\/p>\n<p class=\"text-right\">Ernest C\u0153urderoy<\/p>\n<\/div>\n<p class=\"text-justify\">Le jeu \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de la logique du capital est lui aussi \u00e9nigmatique et contradictoire. Le capital l\u2019utilise comme un des \u00e9l\u00e9ments du spectacle marchand. Ainsi, il prend une ambigu\u00eft\u00e9 qu\u2019il n\u2019a pas intrins\u00e8quement. Une ambigu\u00eft\u00e9 qui lui vient de la structure illusoire de la production capitaliste. Le jeu devient, de cette fa\u00e7on, la suspension de la production, la parenth\u00e8se de \u201ctranquillit\u00e9\u201d dans la vie de tous les jours. Il existe ainsi une programmation du jeu et une utilisation sc\u00e9nique de celui-ci. En dehors de la domination capitaliste, le jeu est harmonieusement structur\u00e9 par son propre \u00e9lan cr\u00e9atif. Il n\u2019est pas li\u00e9 \u00e0 telle ou telle repr\u00e9sentation voulue par les forces productives, mais il se d\u00e9veloppe de fa\u00e7on autonome. Et c\u2019est seulement ainsi qu\u2019il est gai, qu\u2019il procure de la joie. Il ne \u201csuspend\u201d pas la tristesse de la blessure caus\u00e9e par l\u2019exploitation, au contraire, il la r\u00e9alise jusqu\u2019au bout, il la r\u00e9v\u00e8le partie int\u00e9grante de la r\u00e9alit\u00e9 de la vie, et ainsi, s\u2019oppose \u00e0 ces moyens mis en acte par la r\u00e9alit\u00e9 de la mort, m\u00eame \u00e0 travers le jeu, pour rendre moins triste la tristesse. Les destructeurs de la r\u00e9alit\u00e9 de la mort luttent contre le r\u00e8gne mythique de l\u2019illusion capitaliste, r\u00e8gne qui, tout en aspirant \u00e0 l\u2019\u00e9ternit\u00e9, se roule dans la poussi\u00e8re de l\u2019incertain. La joie de la destruction \u00e9merge via le jeu de l\u2019action destructive, par la reconnaissance de la profonde trag\u00e9die que celle-ci sous-entend, par la conscience de la force de l\u2019enthousiasme qui r\u00e9ussit \u00e0 abattre la toile d\u2019araign\u00e9e de la mort. Ce n\u2019est pas une opposition entre horreur et horreur, entre trag\u00e9die et trag\u00e9die, entre mort et mort. Mais une opposition entre joie et horreur, joie et trag\u00e9die, joie et mort. En tuant un policier, on ne se pare pas de la toge du juge qui se h\u00e2te de la nettoyer du sang des condamnations pr\u00e9c\u00e9dentes. Les tribunaux et les sanctions font toujours partie du spectacle du capital, m\u00eame quand les r\u00e9volutionnaires y jouent leur propre r\u00f4le. En tuant un policier, on ne soup\u00e8se pas ses responsabilit\u00e9s, on n\u2019arithm\u00e9tise pas l\u2019affrontement de classe. On n\u2019y programme pas une vision du rapport entre mouvement r\u00e9volutionnaire et exploiteurs. On r\u00e9pond, de fa\u00e7on imm\u00e9diate, \u00e0 une exigence qui a fait surface et structure le mouvement r\u00e9volutionnaire, une exigence que toutes les analyses et toutes les justifications au monde n\u2019auraient pas pu, par elles-m\u00eames, imposer. Cette exigence, c\u2019est celle de l\u2019attaque contre l\u2019ennemi, l\u2019exploiteur et ses valets. Elle m\u00fbrit lentement dans les structures du mouvement. Mais, c\u2019est seulement quand elle sort \u00e0 d\u00e9couvert que le mouvement passe d\u2019une phase d\u00e9fensive \u00e0 celle de l\u2019attaque. Les analyses et les justifications morales sont en amont, et non pas en aval, pr\u00eates \u00e0 faire tr\u00e9bucher celui qui descend dans la rue. Elles se trouvent dans la violence syst\u00e9matique que le capital exerce, depuis des si\u00e8cles, sur les exploit\u00e9s. Mais elles ne doivent pas n\u00e9cessairement se faire jour de fa\u00e7on achev\u00e9e et pr\u00eate \u00e0 l\u2019emploi. Cette pr\u00e9tention est une forme que prennent ult\u00e9rieurement nos intentions rationalisantes, notre r\u00eave d\u2019imposer \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 un mod\u00e8le qui ne lui convient pas. Faisons les descendre, ces Cosaques. Ne jouons pas le r\u00f4le de la r\u00e9action, c\u2019est un r\u00f4le qui n\u2019est pas fait pour nous. Nous n\u2019acceptons pas l\u2019invitation \u00e9quivoque du capital. Au lieu de tirer sur nos compagnons et sur nous-m\u00eames, il vaut toujours mieux tirer sur les policiers. Il y a des moments dans l\u2019histoire o\u00f9 la science existe dans la conscience de celui qui se bat. Dans ces moments, il n\u2019y a pas besoin d\u2019interpr\u00e8tes de la v\u00e9rit\u00e9. Celle-ci \u00e9merge des choses. C\u2019est la r\u00e9alit\u00e9 des luttes qui produit la th\u00e9orie du mouvement. La naissance du march\u00e9 a sign\u00e9 la formation du capital, le passage de la forme de production f\u00e9odale \u00e0 celle capitaliste. L\u2019entr\u00e9e de la production dans la phase spectaculaire a rendu n\u00e9cessaire l\u2019extension de la forme mercantile \u00e0 tout ce qui existe\u00a0: l\u2019amour, la science, les sentiments, la conscience, etc. Le spectacle a \u00e9norm\u00e9ment grandi. Cette deuxi\u00e8me phase ne constitue pas, contrairement \u00e0 ce qu\u2019affirment les marxistes, une corruption de la premi\u00e8re phase. C\u2019est une nouvelle phase. Le capital avale tout, m\u00eame la r\u00e9volution. Si celle-ci ne rompt pas avec le sch\u00e9ma de la production, si elle pr\u00e9tend imposer une production alternative, le capital l\u2019engloutit dans le spectacle marchand. Il n\u2019y a que la lutte dans la r\u00e9alit\u00e9 de l\u2019affrontement qui ne puisse pas \u00eatre r\u00e9cup\u00e9r\u00e9e. Certaines de ces formes, en se cristallisant en formes organisationnelles pr\u00e9cises, peuvent \u00eatre int\u00e9gr\u00e9es au spectacle. Mais quand elles rompent avec le sens fondamental que le capital donne \u00e0 la production, cette int\u00e9gration est tr\u00e8s difficile. Le discours arithm\u00e9tique et celui de la vengeance n\u2019ont aucun sens \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de la seconde phase. Si on les rabache, ils prennent un sens m\u00e9taphorique. Il faut substituer au jeu illusoire du capital (spectacle des marchandises) le jeu r\u00e9el de l\u2019offensive arm\u00e9e contre le capital pour la destruction du fictif et du spectacle.<\/p>\n<h3 id=\"toc9\">IX<\/h3>\n<div class=\"right\">\n<p class=\"text-right\"><em>Do it yourself.<\/em><\/p>\n<p class=\"text-right\">Manuel du bricoleur<\/p>\n<\/div>\n<p class=\"text-justify\">C\u2019est facile, tu peux le faire toi-m\u00eame. Tout seul ou avec quelques compagnons de confiance. Il n\u2019y a pas besoin de grands moyens. Ni m\u00eame d\u2019une grande pr\u00e9paration technique. Le capital est vuln\u00e9rable. Il suffit d\u2019\u00eatre d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 le faire. Un oc\u00e9an de bavardages nous a rendus obtus. Il ne s\u2019agit pas de peur. Nous n\u2019avons pas peur, nous sommes seulement et stupidement plein d\u2019id\u00e9es pr\u00e9con\u00e7ues. Nous ne parvenons pas \u00e0 nous en lib\u00e9rer. L\u2019\u00eatre humain qui est d\u00e9termin\u00e9 dans son geste n\u2019est pas courageux. C\u2019est quelqu\u2019un qui a clarifi\u00e9 ses id\u00e9es. Qui s\u2019est rendu compte de l\u2019inutilit\u00e9 de tant d\u2019efforts pour bien jouer le r\u00f4le que lui a assign\u00e9 le capital dans la repr\u00e9sentation. Consciente, son attaque est froide et d\u00e9termin\u00e9e. Et lui permet de se r\u00e9aliser, de se r\u00e9aliser dans la joie. Le r\u00e8gne de la mort dispara\u00eet face \u00e0 lui. M\u00eame s\u2019il cr\u00e9e destruction et terreur chez les patrons, dans son c\u0153ur et dans le c\u0153ur des exploit\u00e9s, il n\u2019y a que joie et tranquillit\u00e9. Les organisations r\u00e9volutionnaires ont du mal \u00e0 comprendre tout cela. Elles imposent un mod\u00e8le qui reproduit la simulation de la r\u00e9alit\u00e9 productive. L\u2019approche quantitative les emp\u00eache d\u2019avoir une appr\u00e9hension qualitative sur le plan de l\u2019esth\u00e9tique de la joie. M\u00eame l\u2019offensive militaire est vue par ces organisations sur un plan quantitatif. Les objectifs sont fix\u00e9s sur la base d\u2019un conflit frontal. Le capital peut de cette fa\u00e7on en contr\u00f4ler tout jaillissement. Il peut se permettre d\u2019en accepter les contradictions, d\u2019en indiquer les formes spectaculaires oppos\u00e9es, d\u2019en exploiter les effets n\u00e9gatifs sur les producteurs pour construire un \u00e9largissement du spectacle. Le capital accepte l\u2019affrontement sur le terrain quantitatif parce qu\u2019il conna\u00eet toutes les r\u00e9ponses. C\u2019est lui-m\u00eame qui produit les r\u00e9ponses, qui dispose du monopole des r\u00e8gles. A contrario, la joie de l\u2019acte r\u00e9volutionnaire est contagieuse. Elle fait tache d\u2019huile. Le jeu produit son sens sur la base de l\u2019action dans la r\u00e9alit\u00e9. Mais ce sens n\u2019est pas fig\u00e9 dans un mod\u00e8le impos\u00e9 d\u2019en haut. Il se ramifie en mille directions, toutes productives et instables. La connexion interne au jeu se tarit dans l\u2019action de l\u2019offensive. Mais le sens ext\u00e9rieur survit, le sens que le jeu rev\u00eat pour ceux qui en restent coup\u00e9s et qui veulent se l\u2019approprier. Entre ceux qui, les premiers, acceptent de jouer et ceux qui \u201cobservent\u201d les cons\u00e9quences lib\u00e9ratrices du jeu, indispensables au jeu m\u00eame. Ainsi se structure la communaut\u00e9 de la joie. Une forme spontan\u00e9e de mise en contact, fondamentale pour la r\u00e9alisation du sens plus profond du jeu. Jouer est un acte communautaire. Cela se pr\u00e9sente rarement comme une action isol\u00e9e. Souvent, quand il se structure ainsi, il se cache derri\u00e8re les \u00e9l\u00e9ments n\u00e9gatifs du refoulement psychologique. Ce n\u2019est pas une acceptation positive du jeu en tant que moment cr\u00e9atif d\u2019une r\u00e9alit\u00e9 de lutte. C\u2019est le sens communautaire du jeu qui emp\u00eache l\u2019arbitraire dans le choix des significations du jeu m\u00eame. En absence de rapport communautaire, le singulier pourrait imposer au jeu ses r\u00e8gles et significations, incompr\u00e9hensibles pour tous les autres, retransformant ainsi le jeu en une suspension temporaire des cons\u00e9quences n\u00e9gatives de son probl\u00e8me individuel (probl\u00e8me du travail, de l\u2019ali\u00e9nation, de l\u2019exploitation). Dans un contexte communautaire, le sens du jeu s\u2019enrichit \u00e0 travers le flux des actions r\u00e9ciproques. La cr\u00e9ativit\u00e9 re\u00e7oit un espace plus grand via l\u2019imagination lib\u00e9r\u00e9e et entretenue dans un rapport de r\u00e9ciprocit\u00e9. Toute invention, toute nouvelle possibilit\u00e9 peut \u00eatre v\u00e9cue collectivement, sans mod\u00e8le pr\u00e9alable, et avoir une influence vitale dans le fait m\u00eame de se poser simplement comme moment cr\u00e9atif, malgr\u00e9 les mille difficult\u00e9s rencontr\u00e9es dans sa r\u00e9alisation. Une organisation r\u00e9volutionnaire traditionnelle finit par imposer ses propres techniciens. Elle ne peut \u00e9viter le p\u00e9ril technocrate. La grande importance accord\u00e9e \u00e0 l\u2019action en tant que telle la condamne \u00e0 cela. Une structure r\u00e9volutionnaire, qui cherche le moment de la joie dans l\u2019action r\u00e9volutionnaire visant la destruction du pouvoir, consid\u00e8re les instruments avec lesquels cette destruction est r\u00e9alis\u00e9e comme des instruments, c\u2019est-\u00e0-dire comme des moyens. Ceux qui utilisent ces moyens ne doivent pas en devenir esclaves. Tout comme ceux qui ne savent pas s\u2019en servir ne doivent pas devenir les esclaves de ceux qui en connaissent l\u2019usage. La dictature du moyen est la pire des dictatures. L\u2019arme la plus importante du r\u00e9volutionnaire, c\u2019est sa d\u00e9termination, sa conscience, sa d\u00e9cision de passer \u00e0 l\u2019acte, sa propre individualit\u00e9. Les armes concr\u00e8tes sont des instruments, et, en tant que tels, ils doivent constamment \u00eatre soumis \u00e0 une \u00e9valuation critique. Il faut d\u00e9velopper une critique des armes. Nous avons vu une trop grande sacralisation de la mitraillette, une trop grande sacralisation de l\u2019efficacit\u00e9 militaire. La lutte arm\u00e9e n\u2019est pas un geste qui concerne uniquement les armes. Elles ne peuvent repr\u00e9senter, par elles-m\u00eames, la dimension r\u00e9volutionnaire. R\u00e9duire la r\u00e9alit\u00e9 enti\u00e8re en une chose unique est dangereux. En effet, le jeu repr\u00e9sente ce risque, celui d\u2019\u00e9puiser l\u2019exp\u00e9rimentation vitale dans le jouet, transformant ce dernier en quelque chose de sacr\u00e9 et d\u2019absolu. Ce n\u2019est pas pour rien que, dans les symboles de beaucoup d\u2019organisations r\u00e9volutionnaires combattantes appara\u00eet la mitraillette. Il faut proc\u00e9der diff\u00e9remment pour mieux comprendre le sens profond de la lutte r\u00e9volutionnaire en tant que joie, pour fuir les illusions et les pi\u00e8ges d\u2019une repr\u00e9sentation du spectacle marchand au travers d\u2019objets mythiques ou mythifi\u00e9s. Dans son affrontement avec la lutte arm\u00e9e, le capital accomplit son ultime effort. Il s\u2019engage sur la derni\u00e8re fronti\u00e8re. Pour s\u2019aventurer sur un terrain o\u00f9 il ne se sent pas tant que \u00e7a en s\u00e9curit\u00e9, il a besoin de la collaboration de l\u2019opinion publique. D\u2019o\u00f9 le d\u00e9cha\u00eenement d\u2019une guerre psychologique qui emploie les armes plus raffin\u00e9es de la propagande moderne. En substance, le capital, dans son extension physique actuelle, est vuln\u00e9rable vis-\u00e0-vis d\u2019une structure r\u00e9volutionnaire qui peut d\u00e9cider les temps et les modalit\u00e9s de l\u2019offensive. Le capital conna\u00eet parfaitement cette fai-blesse et prend les mesures n\u00e9cessaires. La police ne lui suffit pas. Pas plus que l\u2019arm\u00e9e. Il a besoin d\u2019une vigilance continue de la part des gens. Y compris de la fraction la plus humble du prol\u00e9tariat. Pour ce faire, il doit diviser le front de classe. Il doit diffuser parmi les pauvres le mythe de la dangerosit\u00e9 des organisations arm\u00e9es, le mythe de la sacralit\u00e9 de l\u2019\u00e9tat, le mythe de la moralit\u00e9, de la loi et ainsi de suite. Indirectement, cela pousse l\u2019organisation et ses militants \u00e0 jouer un r\u00f4le. Or, \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019un \u201cr\u00f4le\u201d, le jeu n\u2019a plus de sens. Tout devient \u201cs\u00e9rieux\u201d, et donc illusoire, spectaculaire et marchand. La joie se transforme en \u201cmasque\u201d. La personne devient anonyme, elle vit dans le r\u00f4le, elle n\u2019est plus capable de distinguer la r\u00e9alit\u00e9 de l\u2019apparence. Pour briser le cercle vicieux de la dramaturgie marchande, il faut refuser tout r\u00f4le, m\u00eame celui de \u201cr\u00e9volutionnaire professionnel\u201d.<\/p>\n<p class=\"text-justify\">La lutte arm\u00e9e doit fuir la \u201cprofessionnalisation\u201d, la division du travail que le mod\u00e8le ext\u00e9rieur de la production capitaliste entend lui imposer. \u201cFais-le toi-m\u00eame\u201d. Ne brise pas le contenu global du jeu par l\u2019appauvrissement qu\u2019entra\u00eene le r\u00f4le. D\u00e9fends ton droit de te r\u00e9jouir de la vie. Fais obstacle au projet de mort du capital. Celui-ci ne peut p\u00e9n\u00e9trer dans le monde cr\u00e9atif du jeu qu\u2019en transformant le jouant en joueur, le vivant cr\u00e9ateur en mort qui croit vivre. Si \u201cle monde du jeu\u201d se voit organis\u00e9 sous une forme centralis\u00e9e, cela n\u2019a plus aucun sens de parler de jeu. En proposant notre discours sur \u201cla joie arm\u00e9e\u201d, nous devons aussi pr\u00e9voir la possibilit\u00e9 que le capital r\u00e9cup\u00e8re cette proposition r\u00e9volutionnaire. Cette r\u00e9cup\u00e9ration peut \u00eatre mise en \u0153uvre par la gestion ext\u00e9rieure du monde du jeu\u00a0: en fixant le r\u00f4le du joueur, les r\u00f4les \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de la communaut\u00e9 du jeu, la mythologie du jouet. En brisant les pesanteurs de la centralisation, du parti militaire, on parvient \u00e0 brouiller les id\u00e9es du capital, lesquelles sont en harmonie avec les r\u00e8gles de la productivit\u00e9 spectaculaire du march\u00e9 quantitatif. De cette fa\u00e7on, l\u2019action coordonn\u00e9e par la joie devient \u00e9nigmatique pour le capital. Ce n\u2019est rien, que quelque chose priv\u00e9 d\u2019objectif, qui n\u2019a pas de r\u00e9alit\u00e9. Et c\u2019est pourquoi l\u2019essence, l\u2019objectif et la r\u00e9alit\u00e9 du capital sont illusoires, tandis que l\u2019essence, l\u2019objectif et la r\u00e9alit\u00e9 de la r\u00e9volution sont fix\u00e9s concr\u00e8tement. Au code du besoin productif, on substitue le code du besoin de communisme. Les d\u00e9cisions singuli\u00e8res \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de la communaut\u00e9 de jeu ont un sens \u00e0 la lumi\u00e8re de ce nouveau besoin. Les mod\u00e8les du pass\u00e9, ceux de la mort, se r\u00e9v\u00e8lent dans leur manque de r\u00e9alit\u00e9, dans leur dimension illusoire. La destruction des patrons, c\u2019est la destruction de la marchandise et la destruction de la marchandise, c\u2019est la destruction des patrons.<\/p>\n<h3 id=\"toc10\">X<\/h3>\n<div class=\"right\">\n<p class=\"text-right\"><em>Que vole la chouette.<\/em><\/p>\n<p class=\"text-right\">Proverbe ath\u00e9nien<\/p>\n<\/div>\n<p class=\"text-justify\">\u201cQue vole la chouette\u201d. Que les actions mal engag\u00e9es arrivent \u00e0 bon terme. Que la r\u00e9volution, tant repouss\u00e9e par les r\u00e9volutionnaires, se r\u00e9alise au-del\u00e0 de leurs restes de d\u00e9sirs de paix sociale. Le capital donnera le dernier mot aux cols blancs. Les prisons ne pourront durer longtemps. Les vieilles forteresses du pass\u00e9, d\u2019un pass\u00e9 qui ne survit que dans les r\u00eaves exalt\u00e9s de quelques r\u00e9actionnaires \u00e0 la retraite, tomberont avec la chute de l\u2019id\u00e9ologie qui se fonde sur l\u2019orthop\u00e9die sociale. Il n\u2019y aura plus de condamn\u00e9s. La criminalisation, que le capital d\u00e9veloppera sous sa forme la plus rationnelle, passera par les h\u00f4pitaux psychiatriques. Refuser le spectacle, cela veut dire \u00eatre ext\u00e9rieur \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9, quand toute la r\u00e9alit\u00e9 est spectaculaire. Refuser les r\u00e8gles du code marchand, cela veut dire \u00eatre fou. Ne pas s\u2019incliner devant le dieu de la marchandise, cela vaudra l\u2019internement psychiatrique. L\u00e0, la cure sera radicale. Plus de tortures inquisitoriales, plus de sang sur les murs, ces choses font trop forte impression dans l\u2019opinion publique, provoquent l\u2019intervention de bourgeois bien pensants, suscitent une demande de justifications et de r\u00e9parations, et causent des perturbations dans l\u2019harmonie spectaculaire. L\u2019an\u00e9antissement total de la personnalit\u00e9 consid\u00e9r\u00e9 comme unique cure radicale pour les malades mentaux, par contre, ne choque personne. Tant que l\u2019individu lambda se sentira entour\u00e9 par l\u2019imperturbable atmosph\u00e8re du spectacle capitaliste, il aura l\u2019impression que la porte de l\u2019h\u00f4pital psychiatrique ne se refermera jamais sur lui. Le monde de la folie lui sera \u00e9tranger m\u00eame s\u2019il y a toujours un h\u00f4pital psychiatrique \u00e0 proximit\u00e9 de chaque usine, devant chaque \u00e9cole, derri\u00e8re chaque campagne, au milieu de chaque quartier populaire. Prenons garde, avec notre aveuglement critique, \u00e0 ne pas tracer la route aux fonctionnaires d\u2019\u00e9tat en cols blancs. Le capital est en train d\u2019\u00e9laborer la grille de lecture \u00e0 mettre en circulation \u00e0 un niveau de masse. En vertu de cette grille, l\u2019opinion publique sera encline \u00e0 voir dans les perturbateurs de l\u2019ordre patronal, dans les r\u00e9volutionnaires, des fous. D\u2019o\u00f9 la n\u00e9cessit\u00e9 de leur ouvrir les portes des h\u00f4pitaux psychiatriques. M\u00eame les prisons actuelles, en se rationalisant sur le mod\u00e8le allemand, sont en train de se transformer, d\u2019abord en prisons sp\u00e9ciales pour r\u00e9volutionnaires, puis en prisons mod\u00e8les, puis en pur et simple camp pour la manipulation des cerveaux, puis d\u00e9finitivement en h\u00f4pital psychiatrique. Cette attitude du capital n\u2019est pas seulement dict\u00e9e par la n\u00e9cessit\u00e9 de se d\u00e9fendre face aux luttes des exploit\u00e9s. C\u2019est aussi la seule r\u00e9ponse possible dans le cadre de la logique interne de la loi de la production marchande. L\u2019h\u00f4pital psychiatrique est pour le capital un lieu physique dans lequel l\u2019ensemble de la fonction spectaculaire s\u2019interrompt. La prison cherche d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment \u00e0 parvenir \u00e0 cette interruption globale mais sans succ\u00e8s parce qu\u2019elle est bloqu\u00e9e par les pr\u00e9tentions de son id\u00e9ologie orthop\u00e9dique. Le \u201clieu\u201d de l\u2019h\u00f4pital psychiatrique, au contraire, n\u2019a ni fin, ni d\u00e9but, il n\u2019a pas d\u2019histoire, il n\u2019a pas la variabilit\u00e9 du spectacle. Il est le lieu du silence. L\u2019autre lieu du silence, le cimeti\u00e8re, a, au contraire, la capacit\u00e9 de parler \u00e0 haute voix. Les morts s\u2019expriment. Et nos morts s\u2019expriment haut et fort. Nos morts peuvent \u00eatre lourds, tr\u00e8s lourds m\u00eame. Voil\u00e0 pourquoi le capital cherchera \u00e0 faire toujours moins de morts. Tandis qu\u2019en parall\u00e8le, le nombre d\u2019\u201ch\u00f4tes\u201d accueillis en h\u00f4pital psychiatrique cro\u00eetra. La \u201cpatrie du socialisme\u201d a beaucoup \u00e0 enseigner dans ce domaine. L\u2019h\u00f4pital psychiatrique est la rationalisation th\u00e9rapeutique la plus parfaite du temps libre. La suspension du travail sans trauma pour la structure marchande. La non-producti-vit\u00e9 sans n\u00e9gation de la productivit\u00e9. Le fou peut ne pas travailler, mais, dans son non-travail, il confirme la sagesse du travail, comme inverse de la folie. Quand nous disons\u00a0: ce n\u2019est pas le moment de l\u2019offensive arm\u00e9e contre l\u2019\u00e9tat, nous ouvrons grand les portes des h\u00f4pitaux psychiatriques pour les compagnons qui tentent cette attaque. Quand nous disons\u00a0: ce n\u2019est pas l\u2019heure de la r\u00e9volution, nous serrons les liens des lits de contention. Quand nous disons\u00a0: ces actions sont manifestement des provocations, nous endossons la chemise blanche des tortionnaires. Au temps o\u00f9 le nombre des opposants \u00e9tait r\u00e9duit, la mitraillette fonctionnait bien. Dix morts, c\u2019est supportable. 30 000, 100 000, 200 000, cela signerait un moment historique, un point de r\u00e9f\u00e9rence r\u00e9volutionnaire d\u2019une luminosit\u00e9 si \u00e9blouissante qu\u2019elle perturberait pour longtemps l\u2019harmonie paisible du spectacle marchand. Aussi, le capital s\u2019est fait plus astucieux. Le m\u00e9dicament a une neutralit\u00e9 que le projectile n\u2019a pas. Il a l\u2019alibi th\u00e9rapeutique. Qu\u2019on lui jette \u00e0 la gueule, au capital, son statut de folie. Que l\u2019on retourne les termes de l\u2019opposition. La neutralisation de l\u2019individu est une pratique commune du monde marchandis\u00e9 du capital. La soci\u00e9t\u00e9 dans son ensemble est un h\u00f4pital psychiatrique. Le nivellement des opi-nions est un processus th\u00e9rapeutique, c\u2019est une machine de mort. La production ne peut se r\u00e9aliser dans la forme spectaculaire du capitalisme sans cet aplanissement. Et si le refus de tout \u00e7a, l\u2019acceptation de la joie face au choix de la mort, est signe de folie, cela vaut la peine que tout le monde commence \u00e0 comprendre le pi\u00e8ge qui, cach\u00e9 sous tout cela, est pr\u00eat \u00e0 se refermer. Toute la machine de la tradition culturelle occidentale est une machine de mort, une n\u00e9gation de la r\u00e9alit\u00e9, un r\u00e8gne du fictif qui a accumul\u00e9 toutes sortes d\u2019infamies et d\u2019injustices, d\u2019exploitations et de g\u00e9nocides. Si le refus de cette logique productive est tax\u00e9 de folie, il faut expliquer la diff\u00e9rence entre folie et folie. La joie s\u2019arme. Son attaque est le d\u00e9passement de l\u2019hallucination marchande, de la machine et de la marchandise, de la vengeance et du leader, du parti et de la quantit\u00e9. Sa lutte brise la ligne trac\u00e9e par la logique du profit, l\u2019architecture du march\u00e9, le sens programm\u00e9 de la vie, le document final de l\u2019archive. Son explosion bouleverse l\u2019ordre des d\u00e9pendances, la nomenclature du positif et du n\u00e9gatif, la loi de l\u2019illusion marchande. Mais tout \u00e7a doit pouvoir se communiquer. Du monde de la joie au monde de la mort, le passage des contenus n\u2019est pas facile. Les codes respectifs sont d\u00e9phas\u00e9s, ils finissent par s\u2019annuler mutuellement. Ce qui, dans le monde de la joie, est consid\u00e9r\u00e9 comme illusion, n\u2019est autre que la r\u00e9alit\u00e9 dans le monde de la mort, et inversement. La mort physique m\u00eame, sur laquelle on pleure tant dans le monde de la mort, est moins mortelle que la mort qui est vendue comme si c\u2019\u00e9tait la vie. D\u2019o\u00f9 la grande facilit\u00e9 du capital \u00e0 mystifier les messages de la joie. M\u00eame les r\u00e9volutionnaires, pris dans la logique du quantitatif, ne sont pas capables de lire pleinement le sens des exp\u00e9riences de la joie. Parfois, ils bredouillent des approches insignifiantes. D\u2019autres fois, ils se laissent aller \u00e0 des condamnations qui ne sonnent pas vraiment diff\u00e9remment de celles lanc\u00e9es par le capital. Dans le spectacle marchand, la notion g\u00e9n\u00e9rale du signifiant, c\u2019est la marchandise. L\u2019\u00e9l\u00e9ment actif de cette masse accumul\u00e9e, c\u2019est le travail. Au-del\u00e0 de ces \u00e9l\u00e9ments du contexte productif, il n\u2019existe pas de signes qui puissent signifier quelque chose de n\u00e9gatif et de positif en m\u00eame temps. Mais il existe la possibilit\u00e9 d\u2019affirmer le non-travail, non pas comme n\u00e9gation du travail, mais seulement comme sa suspension pour une certaine dur\u00e9e. De m\u00eame, il existe la possibilit\u00e9 d\u2019affirmer la non-marchandise, c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019objet personnalis\u00e9, mais seulement comme r\u00e9ification du temps libre, c\u2019est-\u00e0-dire comme quelque chose qui est produit comme hobby, dans les laps de temps conc\u00e9d\u00e9s par le cycle productif. Il est clair que ces signes &#8211; le non-travail et la non-marchandise -, s\u2019ils sont con\u00e7us comme il vient d\u2019\u00eatre dit, sont partie int\u00e9grante du mod\u00e8le g\u00e9n\u00e9ral de la production. C\u2019est seulement en clarifiant les valeurs de la joie et les valeurs correspondantes de la mort, comme \u00e9l\u00e9ments de deux mondes oppos\u00e9s qui se combattent mutuellement, que nous pouvons communiquer certains des \u00e9l\u00e9ments contenus dans les actions de la joie, sans pour autant croire pouvoir les communiquer tous. La personne qui commence \u00e0 faire l\u2019exp\u00e9rience de la joie, m\u00eame dans des perspectives qui ne sont pas directement li\u00e9es \u00e0 l\u2019offensive contre le capital, est plus susceptible de comprendre les significations de l\u2019attaque, tout au moins, plus que ceux qui restent li\u00e9s \u00e0 une vision \u00e9triqu\u00e9e de l\u2019affrontement, une vision fond\u00e9e sur l\u2019illusion quantitative. De cette fa\u00e7on, il est encore possible que la chouette prenne son envol.<\/p>\n<h3 id=\"toc11\">XI<\/h3>\n<div class=\"right\">\n<p class=\"text-right\"><em>Debout tous\u00a0!<\/em><\/p>\n<p class=\"text-right\"><em>Et par le bras et le c\u0153ur,<\/em><\/p>\n<p class=\"text-right\"><em>par la parole et la plume,<\/em><\/p>\n<p class=\"text-right\"><em>par le poignard et le fusil,<\/em><\/p>\n<p class=\"text-right\"><em>par l\u2019ironie et l\u2019impr\u00e9cation,<\/em><\/p>\n<p class=\"text-right\"><em>par le pillage et l\u2019adult\u00e8re,<\/em><\/p>\n<p class=\"text-right\"><em>par l\u2019empoisonnement et l\u2019incendie,<\/em><\/p>\n<p class=\"text-right\"><em>faisons, &#8211; sur le grand chemin des principes <\/em><br \/>\n<em>ou dans l\u2019encoignure du droit individuel &#8211; <\/em><br \/>\n<em>par l\u2019insurrection ou par l\u2019assassinat,<\/em><br \/>\n<em>&#8211; la guerre \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 !&#8230; la guerre \u00e0 la civilisation !&#8230;<\/em><br \/>\nJoseph D\u00e9jacque<\/p>\n<\/div>\n<p class=\"text-justify\">Mettons de c\u00f4t\u00e9 les attentes, les h\u00e9sitations, les r\u00eaves de paix sociale, les petits compromis, les na\u00efvet\u00e9s. Tout le bric-\u00e0-brac m\u00e9taphorique qui nous est propos\u00e9 dans les magasins du capital. Mettons de c\u00f4t\u00e9 les grandes analyses qui expliquent tout, jusqu\u2019au plus petit d\u00e9tail. Les gros livres pleins de bon sens et de peur. Mettons de c\u00f4t\u00e9 l\u2019illusion d\u00e9mocratique et bourgeoise de la discussion et du dialogue, du d\u00e9bat et de l\u2019assembl\u00e9e, des capacit\u00e9s \u00e9clair\u00e9es des chefs. Mettons de c\u00f4t\u00e9 le bon sens et la sagesse que la morale bourgeoise du travail a enfoui dans nos propres c\u0153urs. Mettons de c\u00f4t\u00e9 les si\u00e8cles de christianisme qui nous ont enseign\u00e9 le sacrifice et l\u2019ob\u00e9issance. Mettons de c\u00f4t\u00e9 les pr\u00eatres de tous ordres, les patrons, les leaders r\u00e9volutionnaires, ceux moins r\u00e9volutionnaires et ceux pas r\u00e9volutionnaires du tout. Mettons de c\u00f4t\u00e9 le nombre, les illusions du quantitatif, les lois du march\u00e9, l\u2019offre et la demande. Asseyons-nous un instant sur les ruines de notre histoire de pers\u00e9cut\u00e9s et r\u00e9fl\u00e9chissons. Le monde ne nous appartient pas, s\u2019il a un patron et que ce patron est assez stupide pour le d\u00e9sirer, comme c\u2019est le cas, qu\u2019il le prenne, qu\u2019il commence \u00e0 compter les ruines en lieu et place des palais, les cimeti\u00e8res en lieu et place des villes, la boue en lieu et place des rivi\u00e8res, la vase infecte en lieu et place des mers. Le plus grand spectacle d\u2019illusionnisme au monde ne nous enchante plus. Nous sommes s\u00fbrs que, de notre lutte, ici et maintenant, \u00e9mergeront les communaut\u00e9s de la joie. Et pour la premi\u00e8re fois, la vie triomphera de la mort.<\/p>\n<hr \/>\n<p class=\"fnline\"><a id=\"fn1\" class=\"footnotebody\" href=\"https:\/\/fr.theanarchistlibrary.org\/library\/alfredo-m-bonanno-la-joie-armee#fn_back1\">[1]<\/a> Le 2 juin 1977, \u00e0 Milan, un commando des Brigades Rouges [BR] blesse aux jambes Indro Montanelli, directeur d\u2019un quotidien, <em>Il Giornale Nuovo<\/em>. La veille, \u00e0 G\u00eanes, Vittorio Bruno, directeur-adjoint du quotidien <em>Il Secolo XIX<\/em>, avait \u00e9t\u00e9 bless\u00e9 aux jambes. Le lendemain est frapp\u00e9 Emilio Rossi, directeur politique du journal t\u00e9l\u00e9vis\u00e9 de la premi\u00e8re cha\u00eene publique. Ces attaques \u00e9taient l\u2019expression d\u2019une campagne des BR contre la presse, \u201cinstrument de la guerre psychologique\u201d.<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Zine : read print via infokiosques Ce livre a \u00e9t\u00e9 \u00e9crit en 1977 au moment o\u00f9 des luttes r\u00e9volutionnaires se d\u00e9roulaient en Italie, il faut avoir \u00e0 l\u2019esprit la situation de l\u2019\u00e9poque pour le lire aujourd\u2019hui. Le mouvement r\u00e9volutionnaire, y compris les anarchistes, \u00e9taient dans une phase d\u2019extension et tout semblait possible m\u00eame une g\u00e9n\u00e9ralisation &#8230; <a title=\"La Joie arm\u00e9e &#8211; Alfredo Bonanno\" class=\"read-more\" href=\"https:\/\/intimitescriminelles.noblogs.org\/?p=237\">Read more<span class=\"screen-reader-text\">La Joie arm\u00e9e &#8211; Alfredo Bonanno<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":17488,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[2],"tags":[69,68],"class_list":["post-237","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-zines","tag-anarchisme-insurrectionnaliste","tag-bonanno"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/intimitescriminelles.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/237","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/intimitescriminelles.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/intimitescriminelles.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/intimitescriminelles.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/17488"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/intimitescriminelles.noblogs.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=237"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/intimitescriminelles.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/237\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":239,"href":"https:\/\/intimitescriminelles.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/237\/revisions\/239"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/intimitescriminelles.noblogs.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=237"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/intimitescriminelles.noblogs.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=237"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/intimitescriminelles.noblogs.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=237"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}